1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
02-9972023, 02-9974924

Balak – Les louanges de Balaam et la pudeur des foyers hébreux

Balak – Les louanges de Balaam et la pudeur des foyers hébreux

Rav Nahum Botschko

 

La paracha nous donne à lire les « bénédictions » de Bile‘am le scélérat, dont le propos était certes de maudire et qui s’est retrouvé bénissant ! « Bile‘am leva les yeux et vit Israël campa selon ses tribus et l’esprit d’Eloqim fut sur lui… Que tes tentes sont belle, ô Jacob, tes demeures, Israël ! » (Nombres xxiv, 2-5)
Nos sages enseignent dans le traité Baba Bathra (page 60a) : « Qu’a-t-il vu ? Il a vu que les portes de leurs tentes n’étaient pas orientées les unes vis-à-vis des autres. Il a dit : ceux-ci méritent que la Présence divine repose sur eux ! » Le Talmud cite ceci comme source de la règle énoncée dans la michna, selon laquelle, dans un ensemble de résidences donnant sur une cour commune, il est interdit d’avoir des portes ou des fenêtres se faisant face les unes aux autres.
La raison en est qu’il est nécessaire, par décence, de préserver la vie privée de chacun (Rachbam s/la michna ad loc.).
Autrement dit, ce qui fait que la Présence divine peut reposer sur Israël, c’est le fait qu’Israël s’impose des limites dictées par sa propre conscience pour éviter toute conduite indue ; et Bile‘am lui-même s’en est rendu compte et s’est trouvé contraint de bénir au lieu de maudire. Mais comment comprendre, toutefois, qu’une barrière supplémentaire opposée à l’éventualité d’une faute est rendu Israël digne d’une telle bénédiction de la part de Bile‘am !?
Il n’y a là, pourtant, aucune conduite active, positive, digne d’être louée et magnifiée ; il ne s’agit en fait que d’une attitude passive ! Le rav Avraham Yitzhaq Hacohen Kook זצ"ל écrit dans son petit ouvrage sur les valeurs morales intitulé Moussar Avikha : « Les barrières de la Thora ne sont pas dues au risque de faute qu’il faudrait contrecarrer.
Mais de même que la faute est mauvaise en elle-même, de même toutes les choses qui y sont liées par relation de cause à effet sont mauvaises en elles-mêmes et il y a lieu de s’en écarter beaucoup. »
C’est-à-dire que la barrière n’est pas une espèce de garde-fou que nos sages nous auraient imposé afin que ne chutent pas ceux qui se disent : « à moi, cela ne m’arrivera pas ! » Ces choses que la barrière vient endiguer sont elles-mêmes mauvaises et le respect de la barrière ajoute une dimension à l’identité profonde de l’être qui le rend réfractaire à cette conduite problématique.
Par exemple, quelqu’un qui roule à une vitesse excessive mais n’a pas eu d’accident et – Dieu merci – n’a tué ni blessé quiconque, n’en développe pas moins dans sa manière d’être comme un mépris de la vie d’autrui et par là de l’image de Dieu dont autrui est porteur.
Et l’on peut étendre ce raisonnement à tous les domaines. C’est la raison pour laquelle Bile‘am a été frappé à ce point par la disposition des tentes ; il a compris que cette disposition reflétait une dimension propre de la conscience hébraïque dont la pudeur était un constituant fondamental, ce qui garantissait qu’Israël ne saurait être sujet à la débauche.
À l’issue de ce chabbat commence la période des Trois Semaines, les « jours d’entre les malheurs » ; nous jeunerons dimanche le jeûne du 17 Tamouz, jour où se sont produits cinq événements catastrophiques de l’histoire d’Israël – l’un d’eux ayant été la faute du Veau d’or. Les commentateurs sont partagés quant à la nature de la faute des Enfants d’Israël dans l’affaire du Veau d’or.
Certains ont dit que l’intention des Hébreux dans cette faute était de « rendre permis tout ce qui est interdit », puisqu’aussi bien il est écrit : « ils se levèrent pour s’amuser ». La Thora avait interdit les relations entre proches parents, mais ils ont cherché à contourner ces interdits. Le culte du Veau d’or aurait été destiné à permettre dans son cadre ce qui était autrement prohibé. Il s’agit du mouvement exactement contraire à celui des « barrières » – transgression des interdits les plus graves touchant à l’essence même de la Thora, faute pour l’expiation de laquelle nous jeunons jusqu’à ce jour.
Pour conclure, nous avons le devoir de ne considérer à la légère aucune des barrières établies par nos Sages. En les respectant, nous élevons dans notre être profond les dimensions des valeurs correspondantes auxquelles la Thora veut nous amener.

 

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