1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
02-9972023, 02-9974924

Vaye’hi – Le malheur de la Galout

Vaye’hi – Le malheur de la Galout

Rav Nahum Botschko
« Jacob vécut dans le pays d'Égypte dix sept ans ; et les jours Jacob, les années de sa vie : sept ans et cent quarante années » (Genèse xlvii, 28).
La paracha de Vaye'hi diffère de toutes les autres parachioth de la Thora. Celles-ci sont en effet séparées les unes des autres par un espace de neuf lettres (paracha dite stouma – littéralement : « hermétique ») ou par un passage à la ligne (paracha dite ptou'ha). Mais aucun espace ne sépare la fin de la parachat Vayigach de la paracha Vaye'hi qui la suit. Qu'est-ce à dire ?
Rachi répond : « parce que Jacob notre Père étant décédé, les yeux et le cœur d'Israël s'obscurcirent sous l'oppression, car c'est alors qu'ils commencèrent à les asservir. »
Il y a là apparemment quelque chose d'incompréhensible : Les Égyptiens oppriment les Hébreux et leur imposent des travaux harassants et ils ne s'en rendraient pas compte ? Et aussi, quel rapport entre la mort de Jacob et le fait qu'Israël ne prendrait pas conscience de l'oppression ? Et quel rapport entre le fait que « les yeux d'Israël s'obscurcissent » et que la paracha soit dite « hermétique » ?
Le Sifté Hakhamim souligne la précision donnée par Rachi : «car c'est alors qu'ils commencèrent à les asservir », à savoir qu'il ne s'agissait que du début d'un processus qui allait s'aggraver progressivement, comme le décrit la paracha de Chemot, et qu'à ce stade on ne peut pas encore parler vraiment d'oppression et d'asservissement.
Rachi semble vouloir faire référence à l'asservissement à l'empire égyptien et à sa culture, à l'installation en terre étrangère avec l'idée qu'on pouvait mener une vie normale en dehors d'Eretz Israël. C'est cela que signifie que les deux parachioth, Vayigach et Vaye'hi soit accolées l'une à l'autre sans espace intermédiaire. Les derniers mots de la parachat Vayigach sont : « Israël s'établit donc dans le pays d'Égypte, dans la province de Gochèn ; ils en devinrent possesseurs, et s'y multiplièrent prodigieusement. » Les Hébreux s'installent en propriétaires en terre de Gochèn et ne s'y trouvent pas mal du tout ! Ils disposent de la yéchiva que Yéhouda y a fondée et ils y étudient la Thora, la tranquillité et la prospérité règnent dans le ghetto de Gochèn ainsi qu'un grand sentiment de sécurité : notre frère Joseph n'est-il pas le vice-roi d'Égypte ? Aussi longtemps que notre père Jacob est vivant – tous ont pleinement conscience d'être en exil, mais « Jacob notre Père étant décédé, les yeux et le cœur d'Israël s'obscurcirent sous l'oppression de l'asservissement ».
On s'est à ce point habitué à la galout qu'on ne se rendait même plus compte de n'être plus libre. Qu'on ne vivait pas en son propre pays en toute liberté, mais qu'on était de fait soumis à une autre souveraineté. Il n'y a pas de blasphème plus grave que celui que provoque l'asservissement d'Israël à une autre nation. Comme le dit Ézéchiel, « arrivés chez les nations, ils ont blasphémé mon saint Nom par ce qu'on disait d'eux : ces gens sont le peuple de Dieu et ils ont quitté Son pays ! »
Rabbi Yéhouda Halévy formule dans sou Kouzari[1] un argument analogue. Le sage juif décrit longuement les qualités d'Eretz Israël et l'importance majeure d'y habiter au roi des Khazars, et celui-ci l'interpelle : « tu transgresses donc un commandement que t'impose ta Thora si tu n'y montes pas que tu n'y fais pas ta demeure ! » Et le sage d'avouer : « tu as dévoilé ma honte, roi des Khazars ! » et suit une critique acerbe de ceux qui n'ont pas répondu à l'appel d'Ezra et sont restés à Babel : « Ils acquiescent à l'exil et à l'oppression, pourvu qu'on ne les prive pas de leurs institutions (synagogues, yéchivoth, centres communautaires, restaurants cachères…) et que leurs affaires prospèrent.
Puissions-nous garder les yeux ouverts sur la réalité au lieu de les détourner de ce que nous refusons .de voir – faut-il mettre les points sur les i ?

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Traduit par Rav E. Simsovic
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[1] Livre Deux, §§20-24, Éditions Verdier, collection « les Dix Paroles », pp. 54-58.

 

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