1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
02-9972023, 02-9974924

Réeh – Les relations réciproques entre le Bon et le Droit

Réeh – Les relations réciproques entre le Bon et le Droit

Rav Nahum Botschko
Le verset 28 du chapitre 12 de cette paracha énonce :
« Garde, et tu entendras toutes ces choses que moi je t’ordonne, afin que tu aies du bien et tes fils après toi, à jamais, parce que tu auras fait ce qui est bon et droit aux yeux d’Hachem ton Dieu. »
Or, dans la paracha de Vaët‘hanan (ci-dessus, 6, 18) cette même expression a déjà été employée, mais dans l’ordre inverse :
« tu feras ce qui est droit et bon aux yeux d’Hachem afin que tu aies du bien. »
L’ordre entre les termes de cette expression – « le droit et le bon », « le bon et le droit » – est-il significatif ?
Une brève introduction est nécessaire à la compréhension de l’explication de cette différence. Rabbi Aqiva et rabbi Yichmaël discutent du sens de l’expression « le bon et le droit ». Pour le premier, sera dit « bon » ce qui est tel aux yeux de Dieu et « droit » ce qui est tel aux yeux des hommes. Pour le second, au contraire, le « bon » se rapporte aux yeux des hommes et le « droit » aux yeux de Dieu. Rachi rapporte ici les propos de rabbi Aqiva et le Thora Témima (Rabbi Baroukh Halévy Epstein) explique que la halakha est toujours conforme à son avis.
Rabbi Naftali Tzvi Yéhouda Berlin, dit le Natziv, explique dans son ouvrage sur la Thora intitulé Haameq Davar la modification et l’inversion de l’expression : dans la paracha de Vaët‘hanan, l’accent est mis sur le sujet des relations de l’homme à l’homme ; il faut donc commencer par « ce qui est droit aux yeux des hommes ». Cela inclut aussi les conduites qui vont au-delà de ce que la loi exige. De cette façon, ce sera aussi « bon aux yeux de Dieu ». Dans la paracha de Reé, l’expression figure dans un passage qui traite des offrandes et des choses consacrées au Temple ; par conséquent, la priorité y est donnée à « ce qui est bon aux yeux de Dieu », car ce qui est « bon aux yeux de Dieu », c’est de ne pas provoquer la souffrance des hommes et c’est cela qui est « droit aux yeux des hommes ».
Mais pourquoi la Thora doit-elle nous demander de faire et ceci et cela, et ce qui est « bon aux yeux de Dieu » et ce qui est « droit » aux yeux des hommes ? Y aurait-il opposition entre ceci et cela ? pourrait-il y avoir quelque chose qui serait bon aux yeux de Dieu et ne serait pas droit aux yeux des hommes ?
Cela peut être compris à mon avis de deux manières :
a. ce qui est bon aux yeux de Dieu doit nécessairement être droit aux yeux des hommes et il en est certainement ainsi même si les hommes ne le voient pas. Le Malbim écrit dans son commentaire sur ce passage :
« Ce qui est “bon” s’applique davantage aux commandements régissant les relations de l’homme à Dieu. Ce n’est pas la droiture de son cœur qui l’y conduit, mais parce que c’est cela que la Sagesse suprême a commandé. On sait que c’est en la sagesse que bien et mal se situent. Il est impossible à l’homme de savoir par lui-même ce qui est bien et ce qui est mal ; il n’y parvient que grâce à la sagesse de la Thora divine. »
L’homme doit faire effort pour comprendre la logique de la pensée divine de telle sorte qu’elle s’accorde convenablement avec les pensées de son cœur.
b. Lorsque l’homme fait ce qui est bon aux yeux de Dieu, il doit prendre garde à ce que ses actes et sa conduite ne soient pas au compte de la droiture à l’égard des hommes. Il arrive parfois qu’un homme investisse beaucoup d’efforts à servir Dieu et il est tellement concentré à son progrès spirituel et à la pratique des commandements divins, qu’il en vient sans y prendre garde à oublier les hommes ou même à les blesser. C’est pourquoi la Thora insiste sur le fait que nous devons veiller à ce que ce qui est bon aux yeux de Dieu ne porte pas atteinte à ce qui est droit aux yeux de hommes. Et rabbi Aqiva est fidèle à sa conception des priorités ; c’est bien lui qui a posé le principe fondamental : « tu aimeras ton prochain comme toi-même » est un grand principe de la Thora.
D’autre part, l’injonction « tu feras ce qui est droit et bon aux yeux de Dieu » attire notre attention sur l’autre aspect des choses. Certaines conduites peuvent paraître bonnes aux yeux des hommes, mais ne sont pas « droites » aux yeux de Dieu. L’homme agit, et il ne peut pas savoir si son acte est absolument bon. Il peut seulement évaluer intellectuellement que cet acte est « droit ». « Ce qui semble bon aux yeux de l’homme peut seulement être qualifié de “droit”, ce qui semble droit au moment des faits, mais il ne peut pas être appelé “bon”, car l’absolu du bien implique toutes les conséquences de l’acte, ce qui dépasse les capacités humaines et n’est accessible qu’à Dieu qui voit le terme des conséquences. » (Thora Témima)
Nous trouvons une illustration de cela dans le récit de la Thora concernant la faute de ma‘apilim, ces hommes qui voulurent forcer le destin après la fautes des explorateurs. Dieu avait déjà décrété que toute cette génération mourrait au désert et n’entrerait pas en Terre d’Israël. L’intention des ma‘apilim était de réparer la faute des explorateurs. Ils voulaient montrer leur ardeur à réaliser la volonté de Dieu : n’est-ce pas que Dieu veut qu’Israël entre en son Pays ? C’est forcément, donc, une conduite bonne en soi ? Mais en fait, aux yeux de Dieu, en la circonstance, elle ne l’est pas et c’est pourquoi elle leur sera comptée comme faute et ils périrent tous dans l’échec de leur tentative. Le dévouement jusqu’à l’abnégation – messirouth nefèche – est une grande chose. Encore faut-il que nous soyons certains que la chose pour laquelle nous sommes prêts à nous livrer corps et âme est bonne aux yeux de Dieu et que c’est cela, en ce temps-là, qu’Il attend de nous.

 

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