1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
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Massé – Leurs départs pour leurs voyages par la bouche d’Hachem

Massé – Leurs départs pour leurs voyages par la bouche d’Hachem

Rav Nahum Botschko

 

Le début de la paracha qui traite des marches des Hébreux dans le désert durant quarante années énonce :
« Et Moïse écrivit leurs départs pour leurs voyages par la bouche d’Hachem ; et voici leurs voyages selon leurs départs. » (Nombres 33, 2)
La simple lecture du verset provoque la question : pourquoi dit-il au début « leurs départs pour leurs voyages » et renverse-t-il l’ordre à la fin du verset « et voici leur voyages selon leurs départs » ?

Rabbi Efraïm de Lonschitz, auteur du Kéli Yaqar, répond à cette question de diverses manières. Sa première explication consiste à dire que la différence entre les parties du verset provient du fait que pour certaines des étapes les Hébreux ont effectivement progressé depuis leur point de départ vers la station suivante – selon leur départs pour leurs voyages – c’est-à-dire qu’ils ont poursuivi leur sortie d’Égypte (le départ) vers leur but – Eretz Israël, en conformité avec la volonté divine. Mais d’autres fois, ils sont allés à l’encontre de la volonté divine, revenant en arrière – du voyage effectué vers le point de départ – leurs voyages selon leurs départs.

Rachi, commentant le verset de Chémoth 14, 2 relatant le fait que les Hébreux sont revenus sur leurs pas et ont campé à Pi Ha‘hiroth, écrit :
« il sont revenus – en arrière, du côté de l’Égypte. »

De même, sur le verset de Deutéronome 2, 1 où Moïse raconte « nous nous sommes tournés et avons voyagé vers le désert », Rachi écrit :
« Parce qu’ils ont fait le mal, ils se sont tournés du côté du désert. »

En fait, tous ces voyages n’ont pas été « par la bouche de Dieu », mais en sens contraire.
Nous-mêmes, tant individuellement que sur le plan national, nous courons le risque d’être désorientés. En conséquence de nos erreurs (les « fautes »), nous risquons de dévier de la voie droite qu’Hachem nous trace et d’aller à l’encontre de Sa volonté.

Ce n’est pas pour rien que nos Sages ont insisté sur le faut qu’abstinence de nourriture et prières ne suffisent pas pour être quitte les jours de jeûne, mais qu’il faut encore revenir à la bonne direction en réparant les actes déviants, tant dans les relations entre l’homme et son prochain que dans celles entre l’homme et Dieu :
« L’ancien parmi eux les presse par des paroles qui éveillent le cœur à la repentance : “il n’est pas écrit à propos des gens de Ninive que Dieu a vu leurs sacs et leur jeûne (manifestations extérieures)” mais il est écrit[1] que “Dieu a vu leurs actes, à savoir qu’ils étaient revenus de leurs mauvaises conduites…” (Michna, traité Ta‘anith, chapitre 2, michna 1) »

Sans le repentir, le jeûne et la prière sont semblables au « pépiement de l’étourneau ».
Le Kéli Yaqar ajoute encore qu’en principe le voyage d’Égypte en Eretz Israël aurait dû se faire en ligne droite – leurs départs pour leurs voyages par la bouche de Dieu :
« Parce que de leur premier départ il n’y avait pas d’autre départ depuis un point d’arrêt, parce que Dieu voulait les porter immédiatement au pays sur des ailes d’aigles »

Mais les Hébreux ayant fauté, le programme a été modifié et le voyage prolongé :
« et parce qu’ils ont mal fait, il a fallu écrire “et voici leurs voyages selon leurs départs”, parce qu’ils sont allés vers les lieux où ils devaient revenir et d’en repartir et d’être ainsi ballottés de voyage en voyage… »
Les fautes des Hébreux ont eu pour conséquence leurs tribulations de voyage en voyage et de campement en campement, contrairement au désir de Dieu.

Ceci aussi constitue une grande leçon pour chacun d’entre nous, aussi bien à l’échelle individuelle que collective. En fin de compte, chacun parviendra à la mise au point de son être, finira par devenir celui que Dieu attend, et de même l’humanité entière ; ce qui dépend de nous, c’est le choix quant au temps que cela prendra, quant au prix qu’il faudra payer et les larmes versées.

On connaît – ou du moins devrait-on connaître – l’enseignement de Maïmonide concernant ces gens qui accusent le Créateur d’être responsable de tous les maux que le monde endure. Maïmonide rejette ces accusations et affirme que la grande majorité des maux et des problèmes, des maladies et des difficultés sont provoqués par la conduite des hommes, par le libre arbitre que le Saint béni soit-Il leur a octroyé. L’homme a le pouvoir de choisir le bien et d’obtenir le bien grâce à son choix.

Maïmonide dit explicitement (Guide des égarés, III, 12) :
« Les maux de la deuxième espèce sont ceux que les hommes s’infligent mutuellement, comme par exemple la tyrannie, qu’ils exercent les uns sur les autres. Ces maux sont plus nombreux que ceux de la première espèce… Et les maux de la troisième espèce sont ceux qui arrivent à chacun d’entre nous par son propre fait, ce qui a lieu fréquemment. Et ces maux sont beaucoup plus nombreux que ceux de la deuxième espèce.

Tous les hommes se lamentent des maux de cette espèce… Cette espèce (de maux) vient à la suite de tous les vices, je parle notamment de la passion pour la bonne chère, la boisson et l’amour physique, quand on en jouit à l’excès, ou de façon désordonnée, ou quand les aliments sont de mauvaise qualité, ce qui sera cause de toutes les maladies pernicieuses du corps et de l’âme… »[2]
« Hachem, qui demeurera dans Ta tente, séjournera sur la montagne de Ta sainteté ? Qui marche candide et fait justice et parle la vérité en son cœur. » (Psaume 15, 1-2)

Traduit par Rav E. Simsovic
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[1] Jonas 3, 10.
[2] Voir Le Guide des égarés, éd. Verdier, pages 438-439.

 

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