1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
02-9972023, 02-9974924

Bo – « Vous préserverez les matsot »

Bo – « Vous préserverez les matsot »

Rav Nahum Botschko

 

La Thora ordonne dans cette paracha la consommation de la matza à Pessah. L’une des instructions à ce sujet est formulée de manière curieuse (Chemoth xii, 17) : « vous préserverez les matzoth ». Mais que signifie exactement ici cette notion de « préservation » ? De nombreux commentateurs ont expliqué qu’il fallait avoir à l’égard des mitzvoth la même attitude que celle qui s’impose dans la confection des matzoth. L’attention au temps y est capitale : si on laisse passer la limite critique, la pâte commence à lever, elle fermente et la voilà devenue ‘hametz !
La Malbim dit :
« Préserver, cela signifie mettre des limites et des barrières autour de la mitzva et des garde-fous autour des barrières, pour s’assurer ainsi de ne pas en venir à fermentation. »
De même, Maïmonide (Règles du ‘hametz et de la matza, v, 8-9) statuer :
« Étant donné qu’il est écrit « vous préserverez les matzoth », c’est-à-dire surveillez la matza et préservez-la de toute possibilité de fermentation, les Sages ont donc édicté qu’il fallait surveiller la céréale dont on mange à Pessah afin qu’elle ne vienne pas au contact de l’eau après avoir été moissonnée afin qu’elle ne puisse subir la moindre fermentation. »
Les Sages ont donc compris le verset comme exigence de multiplier les précautions pour éviter de transgresser l’interdiction du ‘hametz à Pessah. Or, c’est précisément sur ce verset que les Sages ont fondé une exégèse qui est apparemment sans rapport avec le sujet :
« Vous préserverez les matzoth – rabbi Yochaya enseigne : ne lis pas “vous préserverez les matzoth”, mais “vous préserverez les mitzvoth” ! de même qu’on ne laisse pas fermenter la matza de même ne laisse-t-on pas fermenter[1] la mitzva, mais dès qu’elle est à ta portée, accomplis-la immédiatement. »
Or, il y a là difficulté car il s’agit apparemment de deux notions opposées. La préparation des matzoth suppose en effet de multiplier les entraves qui empêchent la fermentation et ne pas en venir à transgresser l’interdit du ‘hametz à Pessah, alors que l’enseignement de rabbi Yochaya concerne les commandements positifs !
Les Sages ont semble-t-il choisi ce commandement pour en tirer leur enseignement précisément parce qu’il permet de souligner un point particulièrement important. Nous aurions pu croire que ce n’était que lorsqu’il s’agit de se tenir à l’écart du mal que nous devons multiplier les limites, barrières et précautions pour éloigner l’homme de la trans-gression, mais qu’en ce qui concerne les commandements positifs il n’y aurait rien de plus à faire que de les accomplir. Rabbi Yochaya nous enseigne donc l’autre face de la médaille concernant les précautions dans la pratique des mitzvoth : dans le cas des interdits, nous devons nous garder par des limites et des barrières, mais dans le cas des obligations, devons nous montrer diligents, impliqués et empressés. Il faut investir des efforts pour accomplir les obligations pour éviter de les « rater ».
Voici ce qu’écrit à ce sujet rabbi Mochè Hayyim Luzzatto dans son « Sentier de Rectitude » (Chapitre vi, « Le zèle ») :
« Nous voyons souvent de nos propres yeux un homme dont le cœur connaît son devoir, qui est pénétré des vérités susceptibles de le sauver et des ses devoirs envers son Créateur, et qui reste cependant le néglige ; non par défaut de connaissance de ce devoir, ni pour quelque autre raison, mais parce que l’inertie de la paresse a triomphé de lui, et le voici qui dit : “Je vais manger un peu, ou dormir un peu, ou bien “il m’est trop dur de sortir de chez moi”, “j’ai ôté ma tunique, comment la remettrai-je ?” »
De même rabbi Juda Halévy écrit dans le Kouzari (ii, 24) que le phénomène de la paresse dans l’accomplissement des mitzvoth est ce qui a été cause du fait que les Juifs ne sont pas revenus en Eretz Israël avec Ezra au temps du retour de l’exil de Babylone et de la construction du deuxième Temple :
« Seule une poignée est revenue, mais la majorité et l’aristocratie sont restés à Babel, consentant à l’exil et à la sujétion pourvu qu’ils n’aient pas à quitter leurs maisons et à abandonner leurs affaires… »
L’une des raisons rappelées par rabbi Juda Halévy fait référence à des versets du Cantique des cantiques qui parlent de l’apathie de cette génération à écouter l’appel au retour au pays d’Israël – À bon entendeur…

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[1] Fermentation qui rend le pain acide et fait tourner le vin en vinaigre. (NdT)

 

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