Vayakel, Pekoudé – Abstinence ou vie de famille

Rav Nahum Botschko
La paracha Vayaqhel rapporte (xxxviii, 8) que la vasque d’airain et son support ont été faits avec les « miroirs d’attroupement » offerts par les femmes. Que signifie cette curieuse expression ?
Rachi explique qu’il s’agit des miroirs qui servaient aux filles d’Israël à se faire belles pour attirer leurs maris. Leur désir de contribuer à l’édification du sanctuaire les a déterminées à les offrir. Rachi décrit un dialogue « virtuel » entre Dieu et Moïse. Ce dernier voulait refuser d’inclure ces miroirs dans les dons acceptables, parce qu’ils ont pour fonction première d’aiguiser les instincts, ce qui les rendrait méprisables. Dieu lui aurait donc dit : « au contraire, accepte-les, car ils me sont plus chers que tout ! C’est grâce à ces miroirs que ces femmes ont donné naissance à des troupes nombreuses en Égypte… » Et de décrire la manière dont les femmes attiraient leurs maris grâce à ces miroirs, concevaient et enfantaient.
Pourtant, ne semblerait-il pas que Moïse ait eu raison ? Comment se pourrait-il que des objets servant le yetzer hară, l’instinct du mal, trouvent place au saint lieu où réside la Présence divine ?
Quelques temps plus tard, Myriam discute avec Aharon (Nbres xii, 1-13) au sujet de Moïse qui a délaissé son épouse ; nous sommes pourtant prophètes, nous-aussi, et Dieu nous parle aussi. Nous n’avons pas cessé pour autant d’avoir une vie conjugale et une vie de famille !? Dieu leur répond qu’il existe une différence essentielle entre eux et Moïse. Sa prophétie est d’un rang inégalé : « Moïse, mon serviteur… Je lui parle face à face, dans une claire vision et non par énigme… » La relation de Moïse à Dieu est permanente et non épisodique ou impromptue. Afin d’y être constamment disponible, il a estimé qu’il devait se séparer de son épouse.
Nos sages (Chabbat 87a) ont dit que Moïse s’est séparé de Tzipora de son propre chef et que Dieu l’a approuvé. Rabbénou Tam (Tossfoth ad. loc.) explique que les propos d’Aharon et de Myriam montrent qu’il n’y avait pas eu d’ordre donné par Dieu à Moïse de se séparer de sa femme et que Moïse l’a décidé seul. « et bien que Dieu l’ait approuvé, ils l’ont critiqué parce que s’il ne s’était pas séparé il n’y aurait pas eu lieu pour Dieu de l’approuver. (Et pourquoi l’a-t-Il approuvé ?) C’est parce que l’on conduit l’homme sur le chemin qu’il a décidé de suivre. (Et la preuve qu’Il n’était pas d’accord) est donnée par le fait que la même chose n’a pas été demandée à Aharon et à Myriam bien qu’Il parlait aussi avec eux. » Selon Rabbénou Tam, l’abstinence de Moïse n’était pas nécessaire et peut être même pas souhaitable !
Nous voyons là deux cas où Moïse a considéré que la vie de famille et la relation de l’homme à la femme sont contraires à une sainteté de haut niveau. Selon lui, plus on s’élève en sainteté, et plus il faut s’éloigner des plaisirs conjugaux.
À l’encontre de cette attitude, nos maîtres nous présentent une tout autre approche, telle qu’elle est évoquée par Aharon et Myriam. Nos sages comprennent que cette attitude a pu être appropriée dans le seul cas de Moïse et encore seulement durant une certaine période. Mais il n’est normalement pas souhaitable, même pour les hommes plus saints (selon les normes les plus strictes de la halakha), de n’avoir pas de vie de famille. Non seulement celle-ci ne comporte rien de répréhensible, mais elle constitue une des dimensions fondamentales de la plénitude de l’être et doit nous accompagner tout au long de notre vie au service de Dieu.

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Traduit par Rav E. Simsovic

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