1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
02-9972023, 02-9974924

Kedochim – Les limites de la mitsva du respect des parents

Kedochim – Les limites de la mitsva du respect des parents

Rav Shaoul David Botschko

 

 

Partie 1

La Thora ordonne dans le même verset, le respect des parents et celui du chabbat :

« Révérez, chacun, votre mère et votre père, et Mes chabbatoth, vous les observerez : je suis Hachem votre Dieu. » Pourquoi ?

Rachi explique :

« Le texte rapproche l’observance du chabbat du respect du père afin de t’enseigner que, malgré l’injonction qui t’est faite de le respecter, s’il te demande de profaner le chabbat, ne lui obéit pas (Yevamoth 5b). Et de même pour toutes les autres mitzvoth. »

La Thora est très claire. Bien que l’obligation de respecter les parents soit un commandement fondamental, commandement que nos sages considèrent comme garantie de la continuité des générations, elle a sa limite. Les parents ne peuvent demander à leurs enfants d’agir contre la volonté de Dieu. Dès le moment où un homme demande à ses enfants de violer les ordres divins, il coupe l'herbe sous ses propres pieds ; en effet, si lui-même ne respecte pas notre Père à tous, pourquoi ses enfants le respecteraient-ils ?

La Halakha met en évidence d’autres limites à cette mitzva : les parents ont certes droit au respect de leurs enfants, mais ils ne peuvent pas s’immiscer dans leur vie. C’est dire qu’ils ne possèdent pas leurs enfants et ils ne peuvent leur imposer ni le choix de leur conjoint, ni celui du maître en Thora qu’ils veulent suivre, ni le métier qu’ils vont embrasser. Et il est bien évident que les parents n’ont absolument pas le droit de se livrer à ce sujet à quelque chantage aux sentiments que ce soit, ni au nom du respect, ni au
nom de l’amour. Précisons toutefois que si les enfants ont le droit de défendre leurs décisions face à leur parents, ils n’ont pas le droit de leur manquer de respect dans les formes dans lesquelles ils s’adressent à eux, ni dans le ton ni dans le vocabulaire.

En résumé : honorer et respecter ses parents, oui ; annuler son identité propre et sa personnalité, non !

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Partie 2

"Je désire m'installer en Israël avec ma petite famille, mais mes parents s'y opposent: Ils désirent profiter de leurs enfants et de leurs petits-enfants au soir de leur vie. Que dois je faire?"Question classique posée par des jeunes couples déchirés entre deux exigences: le respect des parents et leur désir de réaliser leur Aliya.
La Paracha de Keddochim traite de cette question; elle débute avec ce commandement:
"Chacun, son père et sa mère, vous craindrez"[1].
La place choisie pour ce commandement lui confère une importance toute particulière. Elle est la première de la Paracha de "la sainteté":
"Paracha qui a été dite devant tout Israël, car y sont rapportés les principes fondamentaux de la Thora"[2].
La crainte des parents est le premier aspect de la sainteté du juif. La Keddoucha est cette force qui élève l'homme au-delà des contingences de la nature et de sa propre nature. Un être humain, à partir de sa naissance, est conçu de telle sorte, que plus il grandit, plus il coupe le lien qui le rattachait originellement à ses parents. Le "non" du bébé qui devient enfant ainsi que la révolte de l'adolescent sont inscrits dans le développement normal de chaque être. La Tora ordonne de mettre une limite à ce développement naturel. Cette limite est l'expression d'un comportement saint.
Le Talmud explique jusqu'où doit aller le respect des parents:
Rabbi Tarfon avait une mère âgée; chaque fois qu'elle voulait regagner son lit, Rabbi Tarfon se couchait à plat ventre sur le sol afin de permettre à sa mère de grimper sur son corps pour atteindre son lit; et chaque fois qu'elle voulait redescendre de son lit, elle posait ses pieds d'abord sur son fils.
Rabbi Tarfon raconta ces faits dans la maison d'études; on lui répliqua: tu n'as pas encore atteint la moitié de cette Mitsva. Serais tu capable de te contenir si ton père jetait un porte monnaie plein d'argent à la mer?
Nous devons donc accepter de nos parents même l'inacceptable. Maïmonide qui a codifié ces lois tente de donner aux personnes qui subissent cette épreuve les raisons de l'assumer:
Même s'il était recouvert de ses plus beaux vêtements et qu'il était assis à la tête d'une grande assemblée et que ses parents sont venus, ont déchiré ses vêtements, l'ont frappé à la tête et craché à son visage, il n'a pas le droit de les humilier, mais il doit se taire et craindre le Roi des rois des rois qui lui a dicté cette attitude; car si un roi en chair et en os lui avait ordonné cette attitude, il aurait dû se soumettre; à plus forte raison doit il se soumettre à la loi du Créateur[3].
Les Tossafistes (commentateurs du Talmud en France et en Allemagne au XIIe et XIIIe siècle) n'ont pas accepté que l'on puisse tolérer de tels abus de pouvoirs des parents sur leurs enfants. Par leurs interprétations, ils ont restreint la portée des histoires racontées dans le Talmud. Par exemple, à propos du père qui aurait jeté un porte monnaie à la mer, ils expliquent qu'il s'agissait d'un père qui devait rétablir une autorité qui avait été bafouée, en faisant un éclat extraordinaire, mais aussi exceptionnel. Mais s'il érige cette conduite en principe, alors ce parent-là devient "Racha", inique et l'obligation du respect est alors levée[4].
Rachi rapporte une autre limite essentielle à l'obligation de respect. La Thora, immédiatement après avoir ordonné la crainte des parents, ajoute:
"et vous respecterez mes Chabbatot"[5].
Et Rachi commente:
"la Thora a juxtaposé ces deux lois pour t'enseigner que bien que D ieu t'ait ordonné la crainte des parents, si ceux ci t'ordonnaient de transgresser le Chabbat, ne leur obéis point et il en est de même pour les autres commandements"[6].
Certes, on pourrait penser qu'on ne peut comparer des parents qui demandent à leurs enfants de transgresser le Chabbat à ceux qui expriment simplement le souhait de garder leurs enfants à leurs côtés. Ces derniers s'ils empêchent de réaliser une Mitsva, ne demandent pas de transgresser activement les commandements. Mais la Guemara explique qu'il ne faut pas faire cette distinction et c'est d'ailleurs vraisemblablement la raison pour laquelle Rachi a ajouté qu'il en est de même pour les autres commandements. En effet, la Guemara enseigne que celui qui trouve un objet perdu et qui a donc la Mitsva de le ramasser pour le rendre à son propriétaire n'est pas tenu de rendre un service à son père qui le lui demanderait à ce moment-là. En effet, affirme le Talmud, la Mitsva du respect des parents s'arrête là où elle empêche d'accomplir un commandement de D ieu quel qu'il soit[7].
Aussi les parents ne peuvent pas empêcher leurs enfants de s'installer en Israël, Mitsva qui selon nos sages dépasse toutes les autres puisque, disent ils:
La Mitsva d'habiter en Israël vaut tous les commandements de la Thora (Sifri).

________________________________________
[1] Lévitique 19, 3
[2] Rachi sur Lévitique 19, 2
[3] Lois des Révoltés chap. 6, par. 7
[4] Tossafot Kiddouchim 32a
[5] Lévitique fin du verset 19, 3
[6] Rachi sur Lévitique 19, 3
[7] Baba Metsia 32a et Tossafot Kiddouchim 32a

 

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