1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
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Vezoth Habérakha – Le passé le plus ancien et la fraîcheur la plus neuve

Vezoth Habérakha – Le passé le plus ancien et la fraîcheur la plus neuve

Rav Shaoul David Botshko

« Thora, Moïse nous l’a ordonnée… » (Deutéronome XXXIII, 4) La paracha contient l’un des deux versets par lesquels on commence l’éducation de l’enfant dès qu’il commence à parler. Le premier verset est celui de la profession de foi du Chéma‘ (Deutéronome VI, 4) : « Écoute, Israël, Hachem notre Dieu, Hachem est Un » par laquelle nous affirmons Son unité, Sa souveraineté sur le monde, le choix qu’Il a fait d’Israël d’être Son peuple et son ambassadeur dans le monde.

Le deuxième verset est celui que nous avons cité en exergue :

« Thora, Moïse nous l’a ordonnée, héritage de l’assemblée de Jacob. »

Il exprime notre certitude quant à la vérité de la Thora reçue au Sinaï.

Il faut ici prêter attention à la syntaxe particulière du verset. Il ne dit pas que Moïse nous a ordonné la Thora. En effet, Moïse n’est en cela que l’ambassadeur, le messager d’Hachem qui est, Lui, Celui qui ordonne. Dans l’ordre des mots de la phrase, la Thora précède Moïse, qui vient en second. Il faudrait en quelque sorte moduler la traduction de telle sorte que le sous-entendu du verset devienne apparent :

« Thora, [Hachem] nous l’a ordonnée [par l’intermédiaire de] Moïse. »

Et cette Thora ainsi reçue est l’héritage de l’assemblée de Jacob. Comme dans le verset du Chema‘ Israël où la foi en Lui est indissociable de la foi dans le lien qui l’unit à Israël, la Thora et Israël sont unis d’un lien indéfectible. Cette Thora infinie, Israël l’a reçue de Dieu et elle est Son héritage. Ce mot, morècheth en hébreu, a deux significations : d’une part, la Thora n’a pas été donnée pour appartenir à la génération qui l’a reçue mais pour être transmise de génération en génération. En tant qu’héritage, elle devient un patrimoine. Et, d’autre part, chaque légataire la possède et porte la responsabilité de son intégrité.

Israël porte donc la responsabilité de faire en sorte que la Thora reçue de Dieu et qui comporte ainsi une dimension d’éternité, ce qui la situe hors du temps, soit néanmoins toujours contemporaine de son époque et qu’elle soit, en ce sens, « moderne » à chaque époque. Israël a cette tâche – véritable défi ! – de préserver la Thora pour qu’elle reste inchangée, et d’en dévoiler la fraîcheur permanente qui fait qu’elle ne peut jamais être « dépassée », fossilisée. C’est à cela que se sont attelés les sages de chaque génération. Pouvoir leur a été donnée d’établir des barrières protectrices autour de la Thora pour préserver son intégrité. Et ils ont chaque fois « traduit » la Thora dans le langage des hommes de leur génération pour qu’elle reste compréhensible et pertinente, pour qu’elle puisse répondre aux interrogations et aux interpellations que chaque époque adresse aux hommes en quête de sens et de valeurs. Développements technologiques, mutations socioéconomiques d’un peuple d’agriculteurs et d’éleveurs habitant sur sa terre à un peuple exilé et dispersé, réduit à des activités artisanales et commerciales, et d’un peuple revenant aujourd’hui à soi-même et à sa patrie avec tout ce que cela implique de bouleversements. Parfois, la sévérité doit l’emporter ; et parfois, il faut trouver la voie de l’allègement. Fêter les événements du passé (Pessah, Chavouoth, Souccoth) et actualiser le calendrier (Pourim, Hanouca, Yom Hatzmaouth) pour tenir compte de la présence continue de Hachem et de Sa Providence dans l’histoire. Le verset contient aussi un mot lourd de sens : le mot qéhila, communauté, assemblée. Certes, la Thora concerne chaque personne dans son unicité ; mais elle a été donnée à une nation, une collectivité, l’assemblée [des enfants] de Jacob. Il nous faut trouver comment vivre la Thora non seulement sous forme de rite et de liturgie – de manière religieuse – qui parle à chacun le langage des obligations particulières, mais dans la dimension où s’énonce notre responsabilité de sorte que la Thora trace l’itinéraire, montre la voie pour la collectivité entière. Quel programme, que celui que Moïse nous a transmis ! Programme d’une puissance et d’une actualité qui n’a rien perdu de son acuité malgré les quatre mille ans passés depuis qu’il nous a été confié.

 

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