1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
02-9972023, 02-9974924

Vaeth’anan – Nos prières privées et collectives

Vaeth’anan – Nos prières privées et collectives

Rav Nahum Botschko
Moïse, au début de cette paracha, fait part à Israël – c’est-à-dire au monde entier – de la prière qu’il a adressée à Dieu d’obtenir de traverser le Jourdain pour entrer en Eretz-Israël. Le Thora use en cette instance de l’expression « j’ai supplié Hachem de me faire grâce en ce temps-là ». Lors de la faute du veau d’or, l’expression de la Thora avait été « Et Moïse implora les Faces d’Hachem son Dieu »[1]. Le Talmud traite, à la page 30b du traité Bérakhot, du cas de quelqu’un qui doit s’acquitter l’une après l’autre de deux prières fixées par la liturgie, comme par exemple la prière de moussaf de chabbat immédiatement après la prière du matin, cha‘harith ; ou encore s’il s’est trompé dans sa prière et doit recommencer. La question posée est de savoir combien de temps doit-il attendre entre les deux prières ? Il faut en effet qu’il ait pu reprendre ses esprits et qu’il puisse se concentrer convenablement à ce qu’il entreprend et cela implique nécessairement un certain temps – et quel en est le minimum ? Rav Houna et rav ‘Hisda en discutent. L’un dit « jusqu’à ce que sa conscience ait retrouvé sa grâce, ainsi qu’il est dit j’ai supplié Hachem de me faire grâce » et l’autre dit « jusqu’à ce que sa conscience se soit régénérée (tit‘holel), ainsi qu’il est écrit vayé‘hal…[2] »
Quelle est donc la différence entre ces deux attitudes de prière, appelée respectivement « supplier » et « implorer ».
Le rav Abraham Isaac Hacohen Kook explique[3] : la différence tient au fait qu’il s’agit dans un cas d’une prière personnelle, privée et dans l’autre d’une prière individuelle concernant la collectivité. Dans Vaët‘hanan, Moïse prie pour lui-même, en tant que personne privée. Ayant compris qu’il ne pourra pas entrer en Eretz-Israël en tant que chef du peuple, il demande à pouvoir y entrer comme simple particulier. Il s’agit alors d’une supplique. Lorsqu’il prie après la faute du veau d’or, il prie en faveur de la collectivité tout entière afin que la faute soit pardonnée, et c’est alors la notion d’imploration qui prévaut.
Pour pouvoir prier pour ses besoins propres, l’homme doit avoir les idées parfaitement claires. Il doit être pleinement lucide, afin de pouvoir, s’adressant à Dieu, dire ce dont il a besoin et supplier de l’obtenir. Mais pour prier en faveur de la collectivité, il lui faut s’élever aux niveaux les plus sublimes, à un niveau où l’agitation des sentiments est extrême, au point où il est littéralement malade de douleur, ce qui conduit à considérer le champ sémantique de la racine <‘HL> qui donne le verbe implorer – vayé‘hal, la notion de régénérescence – tit‘holel et de la maladie – ‘holi.
Ce qui permet d’ajouter encore une autre dimension : afin que quelqu’un puisse prier pour la nation tout entière, il faut qu’il ait d’abord mis de l’ordre dans ses affaires personnelles. Si quelqu’un a, par exemple, des dettes, des soucis personnels, une maladie – Dieu préserve – il lui sera difficile de se concentrer et de s’élever pour demander en faveur du salut d’Israël. Il faut qu’il ait d’abord apaisé ses propres préoccupations pour pouvoir prier pour soi-même – ce qui est le niveau de base – « afin que sa conscience ait retrouvé sa grâce ». Parvenu à cet état où il est totalement serein en ce qui le concerne lui-même, il peut dès lors tourner toutes ses forces et son énergie pour prier pour le bien commun.
Il faut savoir que la prière en faveur de la collectivité vivifie l’homme bien davantage et bien plus profondément que sa prière personnelle. Lorsqu’il ne se soucie que de ses propres besoins, le monde se rétrécit à sa mesure privée mais lorsqu’il prie pour la collectivité, le monde s’élargit à la mesure de l’univers – et de même son monde intérieur.
Ces derniers temps, on a pu ressentir concrètement à quel point la puissance affective et l’émotion sont infiniment plus intenses lorsqu’on prie pour la collectivité que pour des besoins privés ; l’expérience en a été faite lors des prières pour les trois jeunes gens qui avaient été enlevés puis pour la réussite de nos soldats engagés dans les batailles de Gaza.
« L’émotion ressentie à l’égard de la collectivité, lorsqu’elle se produit, est très profonde ; la souffrance du grand nombre agite grandement le cœur, au point qu’il en devient malade de douleur et de détresse, car la conscience individuelle, frappée en plein cœur par l’intensité de la souffrance collective, ne peut l’éprouver qu’au travers d’une émotion exceptionnellement forte. »
Ces jours-ci, nous ressentons tous la puissance de ce point central de l’identité collective d’Israël qui bat au cœur de tout Juif, que ce soit chez nos soldats qui se dévouent corps et âme pour le bien de la nation, ou que ce soit chez tous ceux qui lui vouent leur étude et leur action. Quel bonheur que le nôtre de faire partie de ce peuple ! Nous sommes confiants d’une certitude absolue que le Dieu de toute puissante grâce ne méprisera pas la prière du grand nombre et que nous obtiendrons très bientôt le salut et la délivrance ultimes.

Traduit par Rav E. Simsovic

 


[1] Chemoth 32, 11.

[2] La prière de Moïse visant à rendre à Israël son innocence première.

[3] ‘Eyn Aya, commentaires sur les aggadoth du Talmud, Bérakhot IV, 57.

 

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