1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
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A’harei Mot – Le culte de la personnalité

A’harei Mot – Le culte de la personnalité

Rav Shaoul David Botschko

 

Maïmonide, dans un texte très contesté du Guide des Egarés, explique que les sacrifices sont une concession que D-ieu avait accordée à l'homme primitif. En effet, D-ieu savait qu'Il ne pouvait amener les hommes à renoncer à leurs pratiques païennes. Aussi, leur permit-il de poursuivre ces pratiques, en les dirigeant vers Lui. "Lorsque tu examineras les actions de D-ieu dans ce monde, tu constateras Sa Sagesse Infinie... (Suit une description de diverses merveilles dans le fonctionnement de l'homme: Par exemple, dit-il, D-ieu, dans Sa grande Sagesse, a pourvu aux besoins du fragile nourrisson en donnant à sa mère un lait qui lui convient parfaitement et qui s'adapte à son développement jusqu'à ce qu'il soit assez fort pour se nourrir normalement). Lorsqu'Il envoya Moïse pour transformer les hébreux en un peuple Saint qui devait servir D-ieu exclusivement, Il se heurta à une difficulté: à l'époque, on avait l'habitude, dans l'univers entier, de sacrifier des animaux dans des palais dans lesquels il y avait des idoles. Aussi, dans son infinie Sagesse, décida-t-il qu'il ne fallait pas aller à contre courant et interdire complètement les sacrifices car les hommes n'auraient pas pu accepter cette révolution... Il autorisa donc toutes ces pratiques, mais Il exigea que les hommes les offrent à Lui-même."[1]
D'aucuns en ont déduit que Maïmonide pensait que le Temple ne serait pas reconstruit, les hommes, n'étant plus tentés par l'idolâtrie.   Cette conclusion a amené de nombreux commentateurs à attaquer Maïmonide. En effet, dans la Bible elle-même les lois du sacrifice sont présentées comme un élément fondateur du judaïsme, de nombreux chapitres lui sont consacrés; le prophète Ezéchiel a minutieusement décrit l'architecture du troisième Temple. Dans nos prières, nous prions tous les jours pour sa reconstruction. D'ailleurs, Maïmonide lui-même a consacré des chapitres entiers sur les sacrifices annonçant ainsi leur rétablissement. Il dit même qu'une des fonctions du Messie est de reconstruire le Temple et d'y rétablir les sacrifices[2].   Rav Docteur Yehezkel Epstein, suivant en cela Kimchi[3], fait la distinction entre les sacrifices volontaires offerts par l'homme et les sacrifices obligatoires demandés par D-ieu. Ces derniers ont un but éducatif: "Le but du sacrifice est d'éveiller le coeur de celui qui l'offre, à l'extrême gravité de la transgression d'un commandement... Il lui sert également d'avertissement pour qu'il ne recommence pas ses méfaits par habitude et légèreté ".
Rav Epstein prouve que Maïmonide lui-même a donné cette explication: le but des sacrifices est de faire pénétrer dans l'âme du pécheur et de tout révolté qu'il faut se souvenir et se rappeler constamment de son péché ... et cette prise de conscience l'amènera sans doute à ne plus trébucher[4]. Aussi, dit Rav Epstein, Maïmonide n'aurait donné son explication historique que pour les sacrifices volontaires. Ce sont ceux-là qui n'ont plus de raison d'être avec l'évolution de l'humanité. Tandis que les sacrifices obligatoires sont des commandements, qui, comme le reste de la Tora, sont éternellement valables.   Cette explication n'est pourtant pas complètement satisfaisante. En effet, les sacrifices volontaires sont présentés dans la Tora comme une des formes premières de l'expression religieuse: Caïn et Abel, avant toute manifestation de paganisme en apportèrent; ils furent suivis par les patriarches qui ne peuvent en aucune manière être suspectés de tendances idolâtres.
Un verset d'Ah'aré Mot nous aidera à mieux comprendre Maïmonide. En effet, Maïmonide n'a pas inventé son explication; il l'a tirée d'un verset de notre parachute: "Quiconque de la maison d'Israël qui sacrifiera un animal (pour en faire un sacrifice) et ne l'amènera pas à mon sanctuaire... sera considéré comme un assassin... et sera retranché de son peuple afin que les enfants d'Israël apportent les animaux qu'ils avaient l'habitude de sacrifier dans les champs, à D-ieu ... et ils ne sacrifieront plus aux démons qui les tentent... Cela sera une loi éternelle pour toutes leurs générations."   Donc pour la Tora elle-même le but des sacrifices est de canaliser les pratiques idolâtres en les ramenant vers D-ieu. Les sacrifices représentent donc la lutte contre les tendances idolâtres, mais, précise la Tora, il s'agit d'un combat perpétuel. L'erreur de ceux qui ont contredit Maïmonide était de croire que ces tendances n'existaient que dans le passé.
C'est ce qui les avait amenés à penser que Maïmonide niait la valeur éternelle des sacrifices. Mais en réalité, il n'en était rien. Les tendances idolâtres sont une constante chez l'homme, bien qu'elles prennent des formes différentes selon les époques. Dans le passé l'homme servait des démons, à d'autres époques c'était des idoles. Parfois il s'agissait d'idéologies ou encore des personnes que l'on admire au point de s'abandonner à leur jugement. Ces différentes formes d'idolâtrie sont autant d'abandon de la personnalité de l'individu. Elles témoignent néanmoins du profond besoin de l'homme à s'identifier avec ce qui est majestueux.   Aussi s'il ne peut manifester ces sentiments envers le vrai D-ieu; si Celui-ci est inaccessible, l'homme se fourvoie et se lance dans des chemins dangereux. Finalement, comme tout enfant a besoin du lait de sa mère pour vivre et se développer, tout homme a besoin de s'identifier à un Etre Suprême. En ce siècle, nous avons pu constater, comment le culte de la personnalité peut rendre l'homme bête, le rendre bête dans son double sens: celui d'idiot, il cesse de réfléchir et ne fait que répéter des slogans qu'il ne comprend pas, ce qui de plus le rend animal et dangereux; rien ne l'arrêtera dans la voie qu'il s'est choisi. C'est ainsi que le culte de la personnalité, forme moderne d'idolâtrie, est extrêmement dangereux.
On comprend ainsi pourquoi D-ieu condamne avec une telle vigueur la forme sauvage du service divin jusqu'à l'identifier à un assassinat. Celui qui n'apporte pas ses sacrifices à D-ieu ne reconnaît pas en Lui la seule autorité, s'en remet à des semblants de divinités. Ce sont ces substrats, qu'il suit aveuglement, qui peut rendre l'homme inconscient et parfois même criminel. Aujourd'hui, plus que jamais, nous avons besoin que D-ieu se révèle à nous dans Son Temple et que nous puissions Le révérer Lui Seul.
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 [1]Guides des Egarés Livre 3 Chapitre 32
 [2]Livre des Rois Chap. 91
 [3]Jérémie, 7
 [4]Guide des Egarés Livre 3 chap. 46

 

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