1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
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Vayichla´h – La rencontre avec l’ange (2)

Vayichla´h – La rencontre avec l’ange (2)

(après vidéo du Rav Elkouby)
Rav Nahum Botschko

 

L’un des passages les plus étonnants de cette paracha est celui qui décrit la lutte nocturne – qui a duré jusqu’à l’aube – entre un personnage mystérieux et Jacob : « Jacob resta seul et un homme lutta avec lui jusqu’à l’aube. » (Genèse XXXII, 24-33)
Bien des questions se posent au sujet de ce passage ! En voici quelques unes :
Le texte présente d'abord ce personnage comme un «homme», c'est-à-dire un être corporel, matériel. Or, au terme de la lutte, Jacob dit: «j'ai vu Elohim face à face»! Qui était-ce donc? Un être matériel ou spirituel?
Quel était l'objet - l'enjeu - de cette lutte?
Pourquoi a-t-elle eu lieu de nuit et s'est-elle terminée dès l'aube?
Pourquoi le lutteur a-t-il blessé Jacob précisément au creux de la hanche?
Pourquoi les enfants d'Israël se sont-ils vu interdire de manger le nerf sciatique en conséquence de cet épisode?
Tout conflit, entre des individus comme entre des peuples, révèle un antagonisme profond qui précède la guerre ouverte. Un couple ne divorce pas tout d'un coup, comme éclate un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Une grande tension a longtemps régné, cris, disputes, etc. Les historiens tentent d'expliquer toutes les guerres en analysant les facteurs qui y ont conduit et décrivent de façon colorées les tensions et colères dans les relations entre les protagonistes dans les périodes qui les précèdent.
Si on y regarde de plus près, on s'aperçoit qu'il existe aussi des conflits entre des vérités rivales, entre des idéaux contradictoires ou des valeurs a priori incompatibles ; ceci, en plus de la lutte permanente entre la vérité et le mensonge. Ces conflits spirituels finissent par se traduire en conflits armés entre les partisans des deux bords.
Jacob revenant d'exil est sur le point de rencontrer Ésaü. Depuis de nombreuses années, celui-ci l'attend pour en découdre et se venger. C'est pourquoi l'ange tutélaire d'Ésaü - à savoir la dimension spirituelle dont il est la concrétisation terrestre - vient maintenant lutter avec Jacob.
Le Hizqouni écrit sur le verset 25, qu'il s'agit d'un ange d'apparence humaine. De même, rabbi David Qimhi : « sont appelés ichim, « personnalités », les anges qui parlent aux hommes et leur apparaissent sous forme humaine, dans une vision ou à l'état de veille ... merveilleusement, [l'ange] s'est provisoirement revêtu de corporéité. »
Les commentateurs disent bien qu'il s'agissait de « l'ange d'Ésaü », la force spirituelle qui défend ses intérêts auprès du tribunal céleste. Rabbi Efraïm Lonschitz, l'auteur du Kéli Yaqar, explique qu'il s'agit de Samael, ainsi appelé parce que son désir s'épuise à aveugler les yeux de l'homme afin de le rendre incapable d'exercer sa capacité de discernement, l'empêchant de pouvoir reconnaître la vérité et de contempler le visage de Dieu, etc. » Il s'agit en ce sens du combat du penchant au mal et tout ce qu'il représente avec Jacob, afin de l'éloigner de Dieu.
Il n'est donc pas étonnant qu'après la victoire de Jacob sur l'ange d'Ésaü le combat terrestre entre Jacob et Ésaü se soit achevé de manière heureuse : si la victoire a déjà été acquise au niveau du principe originel, son expression concrète ne pose plus problème.
Le combat a pris place la nuit, car les soucis et les problèmes sont de nature nocturne et obscure. Le combat dure jusqu'au matin parce que la lumière dissipe les ombres et signale la victoire (R. David Qimhi). Nous croyons - et nous le constatons de nos yeux, de notre temps - après toutes les guerres avec les peuples qui tentent de nous détruire, vient le temps du redressement, de la lumière et du salut.
L'ange constate qu'il perd la bataille, mais il cherche pourtant à blesser Jacob, si peu que ce soit et il parvient à le toucher au creux de la hanche. Rabbi David Qimhi y voit allusion au fait que sa fille Dinah sera victime des appétits de Chekhem. Le Kéli Yaqar explique quant à lui que l'ange voulait empêcher Jacob de comprendre les secrets de la Thora qui sont comparés aux hanches qui soutiennent le corps. De même que les hanches sont cachées sous les vêtements, de même les secrets de la Thora sont cachés aux yeux indiscrets. Peut-être tous les malheurs qui ont frappé Israël au long des générations sont-ils déjà en germe dans cette blessure de Jacob, l'élu d'entre les Pères.
Les enfants d'Israël se sont vu interdire de manger le nerf sciatique, ce qui est comme une amende « pour avoir laissé leur père aller seul alors même qu'ils étaient de puissants guerriers ; ils auraient dû l'attendre et lui venir en aide en cas de besoin. Ils ne lui ont pas fait escorte et il a de ce fait subi un dommage. Ceci devra leur servir dorénavant d'aide-mémoire afin d'être empressés à accomplir le devoir d'escorte. » (Hizqouni) Ce commandement doit nous rappeler l'obligation de ne pas laisser quiconque d'Israël se débattre moralement ou physiquement seul faces aux difficultés qui l'assaillent.
Il reste encore à dire que l'interdiction de la consommation du nerf sciatique nous rappelle le combat avec « l'ange d'Ésaü » ; nous devons garder présent à l'esprit que nos guerres avec nos ennemis ne sont pas de simples conflits terre-à-terre : leurs enjeux concernent la destinée d'Israël telle que prescrite par la Thora et nous devons donc mettre tous nos efforts à réaliser le projet que Dieu nous a confié et qu'Il nous vienne en aide pour le faire triompher.

 

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