1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
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Vayechev et ‘Hanouka – La fosse est vide et dedans point d’eau et la relation à ‘Hanouka

Vayechev et ‘Hanouka – La fosse est vide et dedans point d’eau et la relation à ‘Hanouka

Rav Nahum Botshko
Les frères de Joseph l’ont jeté dans une fosse et la Thora précise à ce sujet que : « la fosse est vide et dedans point d’eau » (Genèse xxxvii, 24). Rachi rapporte à ce sujet la remarque bien connue de rav Cahana : « de ce qu’il est écrit que la fosse est vide, ne sais-je pas que dedans point d’eau ? mais qu’est-ce que cela vient nous enseigner ? Dedans point d’eau, mais scorpions et serpents, oui ! » (Chabbat, 23a)
Cet enseignement se trouve dans un passage du traité Chabbat qui traite des règles de la fête de Hanouca, et plus précisément de la question de savoir où la hanoukia, le chandelier à huit branches servant à l’allumage, doit être placée. Le passage précédent, dû lui aussi à rav Cahana, indique : « La lampe de hanouca placée au-dessus de vingt coudées est psoula, c’est-à-dire impropre à l’effectuation de la mitzva, de la même manière que la soucca et la ruelle[1]. » Et on passe sans transition à la fosse de Joseph. Quel est donc le lien entre ces sujets d’apparence hétéroclite ?
Examinons chacun d’entre eux d’un peu plus près.
Au sujet de la hanoukia placée au dessus de vingt coudées et du toit de la soucca qui dépasse cette hauteur et qui deviennent de ce fait impropre à remplir leur fonction les Qabbalistes enseignent que le nombre vingt est la valeur de la lettre hébraïque kaf, qui est à l’initiale de la Couronne du Roi (Keter malkhout). Rabbi Mochè Hayyim Luzzatto écrit à ce sujet (Cent trente-huit portiques de la sagesse, portique 15) : « cette Couronne est celle au sujet de laquelle il a été dit “n’enquête pas au sujet de ce qui est trop haut pour toi”… or la Couronne est reliée au Ein Sof béni soit-Il … et puisqu’il nous est évidemment interdit de traiter du Ein Sof béni soit-Il... car là la pensée n’a plus aucune prise, il est de même interdit de contempler la Couronne, c’est-à-dire s’interroger sur sa nature et sa signification… »
Cela signifie qu’il y a des degrés qui dépassent la capacité de compréhension de l’homme et de même des degrés d’épanchement divins tels que l’homme ne possède pas les véhicules qui lui permettraient de le recueillir. L’homme ne reçoit pas l’influx de la Présence divine qui repose sur la soucca au-dessus de vingt coudées ; de même la lumière de Hanouca qui a pour objet de publier le miracle “échappe au regard” au-dessus de vingt coudées.
Rabbi Aha enseigne au sujet de la fosse vide d’eau (Beréchit Rabba 84) : « le puits de Jacob s’est vidé, plus d’eau dedans – il ne contient plus de paroles de Thora comparables à l’eau. » De même le Zohar (parachat Vayéchev page 185a) : « qu’est-il écrit “ils le prirent et le jetèrent dans la fosse”, c’est le guéhinom… ; “et la fosse est vide”, comme elle était vide, pourquoi ? parce que dedans point d’eau ! » à savoir, le summum de l’impureté. Et de même y a-t-il dedans scorpions et serpents. Le serpent représente comme on le sait le penchant au mal. C’est dire que le midrach affirme que cette fosse constitue le summum de l’impureté non seulement parce qu’en sont absentes la Thora et tout épanchement divin, mais parce qu’aussi y sont présentes des dimensions grandement négatives.
Ce qui fait la relation entre ces deux dires du Talmud, c’est qu’ils décrivent deux dimensions qui sont chacune le contraire absolu de l’autre, le sommet de la sainteté face au maximum de l’impureté, mais aussi l’indication du fait – et c’est cela qui en fait la nouveauté – que ni l’une ni l’autre ne sont bonnes ni ne conviennent à l’homme. L’impureté est évidemment négative, mais un trop de sainteté peut aussi être insupportable à l’homme et le briser. L’homme doit suivre la voie médiane, comme l’enseigne Maïmonide, et progresser étape par étape dans le service divin, dans l’harmonie entre le corps et l’âme, l’étude et le travail. C’est peut-être aussi cela que manifeste la fête de Hanouca, qui est la fête de la Thora orale. Dans ces exposés, nos Sages nous enseignent concrètement comment chaque détail de la vie permet de réaliser la gageure de l’exhortation du roi Salomon : « En toutes tes voies connais-Le ! » et alors « Lui redressera chemins. »
Chabbat Chalom et Hanoucca sameah!

 

Traduit par Rav E. Simsovic

[1] Le mavoï, lieu intermédiaire entre le domaine public et le domaine privé qui joue un rôle dans les règles du chabbat concernant le transport d’objets d’un domaine à l’autre. Son statut change selon sa hauteur. (NdT)

 

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