1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
02-9972023, 02-9974924

Toledot – La relation exclusive entre Avraham et Yitzhaq

Toledot – La relation exclusive entre Avraham et Yitzhaq

Rav Nahum Botschko
« Et voici les l’histoire des engendrements de Yitzhaq fils d’Abraham ; Abraham a engendré Yitzhaq. » (Genèse xxv, 19)
Les commentateurs se sont abondamment posé la question de la nécessité de l’apparente répétition dans ce verset : si Yitzhaq est le fils d’Avraham, pourquoi faut-il préciser qu’Avraham a engendré Isaac ? La réponse de la plupart d’entre eux consiste à souligner la relation unique en son genre qui unit Avraham et Yitzhaq, à la différence de sa relation avec Yichmael.
Rabbi Hayyim ben Attar écrit dans son commentaire sur la Thora, Ohr HaHayyim :
« Cela fait encore allusion à l’essentiel des engendrements des justes, à savoir les mitzvoth et les bonnes œuvres ; en effet, étant donné que les épreuves de Yitzhaq n’ont pas été mises en évidence, ni sa vertu de Juste, bien qu’il ait tendu le cou au couteau d’Avraham alors qu’il était lié sur l’autel, ce fait n’est mentionné dans la Thora. […] C’est cela que la Thora nous fait savoir en disant : “et voici les engendrements de Yitzhaq ben Avraham.” Considère et vois celui qui engendre et son fils qui lui ressemble. »
La Thora souligne dans la première partie du verset que Yitzhaq a poursuivi l’œuvre d’Avraham, se conduisant en Juste comme lui, ce qu’indique la conjonction de coordination « et voici », que l’exégèse traditionnelle interprète comme signifiant que ce qui suit se rajoute à ce qui précède et ne renvoie pas ce qui précède à une préhistoire périmée. « cela nous enseigne que l’histoire de Yitzhaq se rajoute à celle d’Avraham célèbre pour ses vertus et les épreuves surmontées, et que telle est aussi l’histoire de Yitzhaq. »
La deuxième moitié du verset, « Avraham a engendré Yitzhaq » nous enseigne la valeur propre d’Avraham et de Yitzhaq :
Bien que Yitzhaq poursuive la démarche d’Avraham, celui-ci, d’un certain point de vue, reste supérieur à celui-là. En effet, Avraham était fils d’un méchant pratiquant l’idolâtrie et « il s’est efforcé de connaître son créateur » par lui-même, alors que Yitzhaq, fils de juste, a reçu de manière naturelle la vertu directement de son père : « car le père lui a fait don de la dimension de bien qu’il possède, qui lui vient de la puissance engendreuse… » Et de ce fait là même, en un sens, la valeur de Yitzhaq est supérieure à celle d’Avraham, puisqu’un juste fils de juste est incomparable par rapport à un juste fils de méchant…
Rabbi Juda Halévi exprime cette relation indépendante dans son grand livre du Kouzari, pierre d’angle de la foi d’Israël. Il nous éclaire quant au fait que la spécificité de l’identité hébraïque d’Avraham est passée chez Yitzhaq et de Yitzhaq à Yaaqov et de Yaaqov aux douze tribus jusqu’à se manifester dans la nation tout entière au temps de la sortie d'Égypte. La racine de cette spécificité réside dans le choix que le Saint béni soit-il a fait d’Avraham, choix divin illimité dans le temps qui se poursuit jusqu’à nos jours[1] :
« Yitzhaq fut élu d’entre les fils d’Abraham, lequel éloigna tous ses autres enfants de la Terre privilégiée, la terre de Canaan, pour la lui réserver. Yaaqov fut l’élu issu de Yitzhaq […] mais les fils de Yaaqov furent tous élus, ils furent tous ensemble dignes de la “chose divine” et c’est à eux que revint la Terre distinguée par la présence divine… »
Ajoutons, en conclusion, une dimension supplémentaire venue du monde du hassidisme (Sfat Emeth de rabbi Yéhouda Aryeh Leib Alter de Gour, commentaire sur la paracha, 5634) :
« Puisqu’aussi bien toutes les œuvres des pères font signe pour les fils, car il n’a rien fait qui ne fut pour le bien de tous les Enfants d’Israël… »
La vertu d’Abraham est l’amour alors que celle de Yitzhaq est la crainte. Le verset vient nous enseigner que « cette crainte qui procède de la puissance de l’amour est épurée, sans que s’y mêle quoi que ce soit de mensonger. » Afin que notre crainte de Dieu soit authentique, il faut qu’elle procède de l’amour de Dieu.

 

[1] Kouzari, Livre I, § 95 ; voir aussi le Maharal de Prague, L’Éternité d’Israël, chapitre 11.

 

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