1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
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Tetsavé – Mais qui est donc « Amalek » ?

Tetsavé – Mais qui est donc « Amalek » ?

Rav Nahum Botschko

 

Le chabbat qui précède Pourim comporte un maftir spécial : pour la dernière montée au Séfer Thora, nous lisons le passage final de la Paracha de Ki Tétzé (Dévarim 25, 17 à 19) qui relate l’agression dont Israël fut victime à la sortie d’Égypte de la part d’Amalec. Ce passage commence par les mots : zakhor eth achère ‘assa lekha ‘Amaleq… et ce premier mot du verset désignera désormais ce Chabbat : Chabbat Zakhor.
En effet, le Choul‘hane ‘Aroukh (Ora‘h ‘Hayyim 685, 5) statue : « on lit ce passage ce chabbat afin que la Paracha de Zakhor précède immédiatement le jour de Pourim. » Le Michna Broura explique :
« La paracha de Zakhor nous fait obligation de rappeler ce qu’Amalec a perpétré. On la lit le chabbat qui précède Pourim pour l’adosser à l’événement qui fut fomenté par la postérité d’Amalec et afin de rappeler l’obligation d’effacer Amalec avant de procéder à l’action elle-même. Et c’est effectivement en ces termes que la Méguila d’Esther le signale aussi : « et ces jours sont rappelés et réalisés… »
Le Chabbat Zakhor, nous rappelons les tentatives d’Amalec de détruire le peuple d’Israël ainsi que l’ordre divin qu’Israël a reçu en conséquence d’effacer le souvenir d’Amalec. L’action elle-même est effectuée à Pourim, mais le Chabbat qui précède Pourim nous nous souvenons et nous rappelons et nous anticipons la prise de conscience sur l’action.
Yossef Karo rapporte dans le Choulhane Aroukh essentiellement la halakha séfarade. Pour élargir la portée de ce monument halakhique au public achkénaze, Rabbi Mochè Isserlès a rédigé des notes dont l’ensemble est désigné comme étant la nappe, Hamappa, qui recouvre la Table dressée. À propos de Pourim, il mentionne une coutume intéressante (Ora‘h ‘Hayyim 690, 17) :
« les enfants ont coutume de faire des dessins représentant Haman sur les arbres et sur des pierres, ou d’y inscrire son nom, puis de les frapper les uns sur les autres afin qu’ils s’effacent, réalisant le commandement “tu effaceras la mention d’Amalec” et l’intention du verset “le nom des méchants pourrira” et c’est de cela que procède la coutume de faire du bruit en tapant et tambourinant lorsque le nom d’Aman est prononcé pendant la lecture de la Méguila. »
Et le Rema ajoute une mise en garde particulière :
« Et il faut faire attention à ne supprimer aucune coutume et à ne pas s’en moquer car ce n’est pas sans raison qu’elles ont été établies. »
Il est particulièrement plaisant de constater que cette coutume est observée par toutes les communautés d’Israël, Séfarades et Achkénazes et Yéménites, de sorte que la notion de l’effacement d’Amalec s’enracine dans la conscience juive dès l’enfance.
Mais voilà que ce minhag, cette coutume si répandue suscite un étonnement : notre Thora est une Thora de vie et de paix. Pourquoi est-il donc si important d’effacer le souvenir d’Amalec et d’en faire toute une histoire ?
Malheureusement, une certaine mode a commencé à se répandre concernant la définition de cet Amalec honni dont il faut effacer jusqu’au souvenir. Certains « moralistes » n’hésitent pas à désigner comme relevant de l’identité d’Amalec tous ceux qui ne pensent pas exactement comme eux. Ces derniers, expliquent-ils, représentent par leurs conceptions une certaine dimension de présence d’Amalec qu’il faut combattre avec la plus grande détermination.
En toute humilité, il me semble que cette attitude contredit très précisément l’objectif de la Thora à ce sujet et qu’elle rate totalement la signification d’Amalec. L’argument d’Haman consistait à dire : « il y a un peuple dispersé et divisé parmi les peuples » (Esther 3, 8). Et que par conséquent, le roi Assuérus devait détruire ce peuple tout entier. La parade à cette accusation et à la situation qu’elle crée tient dans le commandement de s’envoyer les uns aux autres des portions de repas.
Le rabbi de Gour écrit dans son Sfat Emeth (Pourim 5634) :
« Le fait qu’ils aient institué en ce temps-là l’envoi de portions et de cadeaux, chose qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, il semble que c’est parce que toute la force contre Amalec tient à l’unité d’Israël. Et l’explication, comme l’ont enseigné nos Sages c’est que « le Saint béni soit-Il a juré que ni son Nom ni son trône ne seraient entiers tant que la descendance d’Amalec n’aura pas disparu. Or, les Enfants d’Israël sont le Nom du Saint béni soit-Il car les Enfants d’Israël sanctifient et magnifient le Nom de Dieu dans le monde, et l’honneur de son Nom est à la mesure de l’unification d’Israël… c’est pourquoi l’effacement d’Amalec dépend de l’amour des Enfants d’Israël. »
Plus le Nom de Dieu est grand dans le monde, et plus s’efface le souvenir d’Amalec. Or le Nom de Dieu grandit dans le monde grâce à l’unité d’Israël. Il en résulte que l’unité d’Israël est en elle-même concrètement l’effacement de la postérité d’Amalec. Il est donc parfaitement interdit de fomenter et d’entretenir des querelles qui divisent le peuple d’Israël pour combattre prétendument « l’Amalécisme ». Au contraire ! La guerre contre « l’Amalécisme » sera victorieuse grâce à notre unité et à la paix entre nous.
Si nous approfondissons un peu le thème d’Amalec, nous sommes amenés à rappeler que son propos est d’instiller le doute en toute chose. Cette caractéristique d’Amalec est indiquée par le fait qu’il fut le premier à attaquer Israël à la sortie d’Égypte. Il a ouvert aux autres la voie sur laquelle ils hésitaient à s’engager en révoquant en doute la relation privilégiée entre Israël et le Saint béni soit-Il. La mise en doute de la foi et de la Thora d’Israël et de ses mitzvoth peut – à Dieu ne plaise – s’infiltrer dans nos cœurs et nous devons combattre cela de toutes nos forces. L’effacement du souvenir d’Amalec se réalisera par le fait que nous aurons commencé à nous pacifier d’abord nous-mêmes, chacun individuellement, et à répudier nos doutes intimes.
Nous devons réconcilier nos facultés antagonistes, réconcilier le saint et le profane qui nous habitent, réconcilier notre spiritualité et notre matérialité, notre raison et nos sentiments, pour parvenir à unifier notre personnalité profonde. Cette unité peut se renforcer grâce à la joie intense de Pourim, puisque nous savons que la Chékhina ne repose que là où on trouve la joie de la mitzva. C’est pour cela que l’effacement d’Amalec est lié de manière privilégiée à Pourim.

Traduit par Rav E. Simsovic

 

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