1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
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Pinhas – « C’est Elie », car autant dévoué à la volonté divine

Pinhas – « C’est Elie », car autant dévoué à la volonté divine

Rav Nahum Botschko

 

L’acte de Pinhas a été loué par le Saint béni soit-Il[1] :
« Pinhas fils d’Eléazar fils d’Aharon le Cohen a détourné Ma colère de sur les Enfants d’Israël en jalousant Ma jalousie[2] parmi eux, et Je n’ai pas anéanti les Enfants d’Israël en Ma jalousie. »
Le terme traduit par « jalousie » revient trois fois dans le verset, ce qui accentue le fait que là se trouve l’essence même de l’acte de Pinhas : le dévouement sans concession à la volonté divine.
Le rav Samson Raphaël Hirsch fait à ce sujet une remarque grammaticale intéressante. Le verbe traduit par « en jalousant », en hébreu béqaneo, est construit sur la forme intensive (piel), qui requiert, comme telle, un daguech dans la deuxième lettre de la racine. Or, ce daguech est absent du noun de béqaneo. Par conséquent, le verbe se présente comme relevant de la conjugaison simple, ce qui fait passer le sens du verbe de l’action à l’agent, de la dimension extérieure comme résultat d’un comportement à la dimension intérieure des motivations et des sentiments de celui qui agit.
Le rav Samson Raphaël Hirsch en conclut que :
« L’acte de Pinhas ne comportait pas une simple manifestation externe, mais s’enracinait dans les profondeurs de son cœur. En effet, trahir la volonté divine était à ses yeux comme trahir ses propres intérêts les plus précieux. »
Telle est l’élévation de caractère de Pinhas, qui est parvenu à un degré où sa volonté est en correspondance parfaite avec la volonté divine. Plus encore : Pinhas s’est dressé contre un personnage important auquel personne n’osait s’opposer ni ne pensait pouvoir l’empêcher de se conduire comme il le faisait. Comme si son statut le mettait au-dessus des lois. Pinhas ne tient aucun compte de ce statut, ce qui donne à son acte une puissance d’autant plus significative[3] :
« Le très noble rang de l’homme contre lequel Pinhas s’est dresse (Chef de la Maison paternelle de la tribu de Chime‘on), accroît l’importance de son acte. Il n’a eu aucune pensée pour les conséquences négatives que son acte pourrait avoir sur sa propre destinée. Son unique préoccupation était la parole de Dieu. »
Le midrach rapporte[4] :
« Rech Laqich a enseigné : c’est Pinhas, c’est Élie. Le Saint béni soit-Il lui a dit : tu as rétabli la paix entre Moi et les Enfants d’Israël, à l’avenir aussi, tu seras appelé à rétablir la paix entre Moi et eux. C’est là ce qui est écrit : Voici que Je vous envoie Elie le prophète. »
De même lit-on dans le Zohar[5] que rabbi Eléazar a enseigné : « Elie, c’est Pinhas. » Et aussi[6] : « Mais parce qu’Elie c’est Pinhas. » La littérature traditionnelle rapporte encore d’autres thèses quant à l’identification du prophète Elie, mais celle-ci est l’une des plus centrales. Et elle pose problème : plusieurs siècles séparent en effet le temps où vécut Pinhas de celui où vécut Elie.
Rabbi David ben Zimra explique[7] que la racine de leurs âmes est la même.
« Et selon l’avis des maîtres des secrets, il n’y a aucune difficulté. Celui qui dit que Pinhas c’est Elie, vise la racine de l’âme de Pinhas. »
Ce qui revient à dire qu’il ne s’agit pas d’une identification physique, mais que les deux personnages se rattachent à un même modèle identitaire. Le rav Tzvi Yéhouda Kook écrit à ce sujet[8] :
« Il existe une multitude de mondes, pas seulement celui que nous rencontrons par le truchement de nos sens. Et que sommes-nous ? Nous ne sommes pas notre figure extérieure, mais notre âme… On raconte que rav Houna et rav Hisda ont rencontré le prophète Elie et lui ont dit : “tu es Pinhas, Pinhas, c’est Elie !” Elie, c’est un homme dont l’âme est l’âme de Pinhas. »
Ce n’est pas gratuitement que cette identification a été faite. Elie au mont Carmel a agi exactement de la même manière que Pinhas. L’identification totale avec la volonté divine et son effet sur l’ensemble de la nation, contre les dirigeants de cette génération tels que le roi Achab t les prophètes du Baal.
Il s’agit certes d’un degré extrêmement élevé, mais nous devons pourtant nous-mêmes y aspirer. C’est l’enseignement même de nos Sages dans le traité des Pères[9] :
« il disait fait que Sa volonté soit comme ta volonté, afin qu’il fasse ta volonté comme Sa volonté. Annule ta volonté devant Sa volonté, afin qu’il annule la volonté d’autrui devant ta volonté. »
Que ta volonté s’identifie absolument avec la volonté divine, alors tu bénéficieras certainement d’une aide d’En-haut et ta volonté deviendra certainement réalité.

Traduit par Rav E. Simsovic

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[1] Nombres 25, 11.
[2] C’est-à-dire en prenant fait et cause pour Moi (NdT).
[3] Rav Samson Raphaël Hirsch, commentaire sur Nombres 25, 14.
[4] Midrach Aggada, Pinhas, 25, 13.
[5] Zohar Hadach, vol. 2, Méguilat Ruth 42a.
[6] Ra‘aya Mehèmna, III, Pinhas 215a.
[7] Responsa, VI, 2203.
[8] Causeries du rav Tzvi Yéhouda publiées par le rav Aviner, Genèse, parachat Vayichla‘h, annexe à la deuxième série.
[9] Chapitre 2, michna 4.

 

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