Pessah et Chabbat ‘hol hamoëd

Pessah et Chabbat ‘hol hamoëd

Rav Nahum Botschko

Nous lisons pour haftara du chabbat de ‘hol-hamoëd Pessa‘h la
vision dite « des ossements desséchés » d’Ézéchiel. Le prophète
voit la résurrection du peuple d’Israël et son retour dans son pays,
Eretz Israël (Ézéchiel XXXVII, 11-12) :
« et il me dit – Fils de l’homme, ces ossements, c’est
toute la maison d’Israël… c’est pourquoi, prophétise et
dis-leur : ainsi a dit Hachem Dieu d’Israël, voici que
J’ouvre vos tombeaux et Je vous ferai remonter de vos
tombeaux, ô Mon peuple, et Je vous amènerai à la terre
d’Israël. »

Oui, mais voilà : certes, cette haftara est importante et nous émeut,
mais quel rapport avec la fête de Pessa‘h, la fête des Matzoth ?
Le séfer Yétzira, l’un des plus anciens textes connus de la sagesse
secrète d’Israël, s’ouvre sur la formule ésotérique : « Dix séfiroth…,
leur fin est attachée à leur commencement… » Autrement dit, le
début de l’œuvre du commencement contient déjà sa finalité et son
achèvement, tel qu’ils se dévoileront et se réaliseront aux yeux de
tout Israël. On peut dire que cette idée est vraie aussi de la
Délivrance d’Israël. Leur « fin », c’est-à-dire leur Délivrance
ultime, est liée à leur « commencement », c’est-à-dire à leur
libération première. C’est pourquoi, à la fête de Pessa‘h où nous
faisons l’expérience de notre délivrance première, est attachée à la
Délivrance ultime. Nous lisons donc pour la haftara la prophétie
qui la décrit. Délivrance que nous vivons de notre temps étape par
étape, puisqu’aussi bien le corps de la nation a ressuscité et que le
peuple d’Israël est revenu à sa terre.

Ceci est également présent par allusion dans le Cantique de la mer.
Il s’ouvre sur les mots « Alors, Moïse chantera… », et la question
« pourquoi ce futur » est bien connue ! Ce cantique n’a-t-il pas déjà
été chanté par Moïse et tout Israël lors de la Sortie d’Égypte, en
acte de gratitude et de reconnaissance pour leur salut miraculeux?

La guémara répond (Sanhédrin 91b) : « on trouve ici la preuve que la
Thora enseigne la résurrection des morts. » Et le ‘Etz Yossef de
commenter : « pour t’enseigner qu’à l’avenir aussi Moïse notre
maître chantera le Cantique. » Autrement dit, le Cantique de la
Sortie d’Égypte est déjà lié à la Délivrance future.
De même, dans la paracha de Péqoudé (Chemoth XL, 9-11), lors de
l’onction du Tabernacle, le Targoum de Yonathan ben Ouziel
explique que l’onction des ustensiles du Tabernacle et leur
consécration possède une très large signification, et qu’elle
comprend aussi le Royaume de Juda, le roi-messie à venir,
l’apparition du prophète Élie avant la Délivrance et même la guerre
de Gog et Magog. Là encore nous trouvons les implications ultimes
d’une réalité déjà présentes en ses commencements. L’onction,
geste de consécration et de dédicace d’une chose au service auquel
elle est vouée, contient d’emblée l’absolu de sa signification jusqu’à
ses derniers développements tels qu’ils se réaliseront dans
l’histoire.

La signification de cette idée selon laquelle « la fin est liée au
commencement » est qu’en toute grande chose qui est donnée à se
développer est déjà présente, à la racine, la possibilité de
l’influence de son propre avenir. C’est pour cela que nous devons
investir de la manière appropriée dans le commencement de toute
entreprise – par exemple dans l’éducation des enfants, dans la vie
de couple, etc., de sorte que l’influence soit positive au long des
jours et des années.
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Traduit par Rav E. Simsovic

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