1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
02-9972023, 02-9974924

‘Houkat – Faisons les comptes

‘Houkat – Faisons les comptes

Rav Nahum Botschko

 

Au verset 27 du chapitre 21 de la paracha de cette semaine, nous lisons :
« C’est pourquoi les bardes diront “venez à ‘Hechbonn, que se bâtisse et s’établisse la ville de Si‘honn”. »
Rav Chmouel bar Nahmani dit à ce sujet au nom de rabbi Yonathan[1] :
« que signifie cela qui est écrit “c’est pourquoi les bardes diront etc.” ? Qui sont les bardes ? Ce sont ceux qui sont capables de se barder contre leur instinct. “Venez à ‘Hechbonn”, cette ville dont le nom signifie ‘compte’ – venez et consultons le compte des pertes et profits du monde : évaluons ce qu’une mitzva nous fait perdre par rapport à ce qu’elle rapporte et ce que rapporte la faute par rapport à ce qu’elle fait perdre. “se bâtisse et s’établisse” – si tu fais cela, tu seras bâti en ce monde et établi dans le monde qui vient. »
Rabbi Mochè Hayyim Luzzatto, le Ram‘hal, cite cet enseignement au chapitre 3 de son Sentier de rectitude traitant des « Aspects de la vigilance » et il ajoute :
« Ceci, parce que ce conseil véridique, seuls pourront le donner et en apprécier la vérité ceux qui se sont déjà dégagés de l’emprise de leur instinct et qui le dominent, car celui qui en est encore prisonnier, ses yeux ne voient pas cette vérité et il ne peut la connaître car l’instinct aveugle littéralement ses yeux et c’est comme s’il marchait dans l’obscurité sans que ses yeux puissent voir les obstacles qui se dressent devant lui. »
Examinons donc ce qu’enseignent nos Sages qui savaient « se barder contre leurs instincts » et les dominaient au lieu d’être dominés par eux et qui nous montrent comment évaluer le profit des mitzvoth. En voici un exemple parmi bien d’autres.
Le Talmud rapporte le dire suivant de rabbi Yossé bar rabbi Hanina :
« Rabbi Yossé fils de rabbi Hanina a enseigné : quiconque prononce la bénédiction sur une coupe pleine[2] obtient le mérite d’hériter de deux mondes, ce monde-ci et le monde qui vient. »
Ce dire est a priori incompréhensible. Qu’y a-t-il donc de tellement significatif à prononcer la bénédiction sur le vin de la coupe pleine du birkat hamazone que tel doive en être la rétribution ? Sans doute nos Sages veulent-ils nous apprendre par là un principe essentiel et fondamental à la compréhension de notre existence dans ce monde. Mais avant d’en arriver là, posons-nous la question de savoir pourquoi le ‘olam haba s’appelle-t-il ainsi ? La réponse immédiate est que c’est parce qu’il s’agit du monde qui vient après la mort – ou plutôt après la vie de ce monde : « monde à venir », « monde futur », selon les traductions courantes, toutes ces manières de dire renvoient à un « après ». Mais plus profondément – et la belle traduction d’Edmond Fleg en témoigne – ce monde-là n’est pas à venir, il vient !
Il ne s’agit pas d’une notion statique mais d’une réalité dynamique. Le ‘olam haba est un monde qui vient en permanence, c’est un monde en devenir, c’est un monde qui devient ce que nous en faisons[3].
L’expression « ce monde-ci » désigne le monde actuel, tel qu’il est en sa concrétude matérielle. Le monde qui vient désigne le monde spirituel qui en est le pendant. Le judaïsme se distingue par le fait qu’il considère qu’il est possible et nécessaire d’unifier les deux dimensions du « temporel » et du « spirituel ». Les œuvres réalisées dans ce monde matériel et concret bâtissent la réalité spirituelle du monde qui vient. Ceci s’exprime joliment dans la coupe de la bénédiction d’après le repas. Par cette bénédiction, nous élevons ce que nous avons mangé et bu à la dignité d’une mitzva. Nous unifions par ce geste les deux mondes et transformons le monde matériel du manger et boire de sorte qu’il soit relié au monde spirituel.
Un examen attentif nous permettrait de constater que la Thora propose à l’homme la possibilité d’introduire en toute jouissance physique en ce monde une dimension de mitzva, individuelle ou collective, et met ainsi à sa portée la possibilité « d’hériter des deux mondes ».
Maintenant, si nous faisons le compte du profit de la mitzva, nous voyons que nous avons réalisé un double gain : et la jouissance physique du repas réel et celle de la coupe de vin bien réelle sur laquelle sera prononcée la bénédiction, et aussi celle de notre monde à venir spirituel que nous nous constituons par nos actions. Nous nourrissons notre âme aussi bien que notre corps et nous les mettons à l’unisson au service de Dieu.

Traduit par Rav E. Simsovic
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[1] Baba Bathra 78b.
[2] Lorsque plusieurs personnes se sont attablées et ont mangé ensemble, l’une d’entre elles invite (zimoun) les autres à prononcer la bénédiction après le repas (birkath hamazone) ; cette personne tient dans sa main une coupe de vin qu’elle boira à la fin du birkath hamazone. C’est de cette coupe qu’il ici question (NdT).
[3] Que tel est bien le sens de l’expression haba, au présent, nous en avons la preuve dans la bénédiction par laquelle nous accueillons un nouvel arrivant qui vient juste, maintenant, de nous rejoindre : baroukh haba, « béni-soit celui qui vient ».

 

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