1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
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Hayé Sarah – Les points stratégiques de Eretz Israël dès Abraham

Hayé Sarah – Les points stratégiques de Eretz Israël dès Abraham

Rav Nahum Botschko

 

La paracha débute par le récit des efforts extraordinaires déployés par Abraham pour acquérir le caveau de Machpéla pour l’enterrement de Sarah, son épouse. Au premier abord, on ne comprend pas pourquoi Abraham est prêt à investir une somme d’argent aussi colossale pour ce caveau, d’autant plus qu’Efrôn était apparemment prêt à le lui donner en cadeau !
Il faut comprendre, toutefois, qu’une acquisition au prix fort a une bien plus grande valeur qu’un cadeau gratuit.
Il est intéressant de noter que la Bible nous raconte que deux autres lieux ont ainsi été acquis en Eretz Israël : Jacob a acheté fort cher un terrain à proximité de Sichem (Genèse XXXIII, 19), terrain où les Enfants d’Israël enterreront Joseph lorsqu’ils entreront en Eretz Israël sous la conduite de Josué. Et le roi David a acheté pour six cents sicles d’or l’aire d’Ornan le Jébuséen (I Chroniques, XXI, 25) sur le mont Moriah pour y élever un autel pour Hachem.
Et le Midrach (Genèse Rabba 79, 7) souligne :
« Rav Youdan bar Simon enseigne : [le terrain que Jacob a acheté] est l’un des trois lieux à propos desquels les nations du monde ne peuvent escroquer Israël en l’accusant de les posséder pour les avoir dérobés. Ce sont la caverne de Machpéla à Hébron, le mont du Temple à Jérusalem et le lieu de la sépulture de Joseph à Sichem. »
Il est à proprement parler extraordinaire de constater cette prescience du midrach. Il s’agit très précisément des lieux mêmes sur lesquels les adversaires d’Israël font porter la contestation la plus acharnée au temps où Israël revient chez lui.
Le fait que nos pères aient tenu à payer en espèces sonnantes et trébuchantes ces lieux-là en particulier dénote bien qu’il s’agit d’endroits où s’enracine l’âme de notre peuple et qu’il n’était donc pas possible de les laisser aux aléas de cadeaux un jour donnés pour être repris le lendemain. Ces lieux exigent de nous de nous hisser à la hauteur de ce qu’ils représentent en spiritualité, afin que leur possession puisse nous être acquise sans plus être remise en question.
Qu’est-ce donc qui est ici en cause ?
1. La caverne de Machpéla, tombeau de nos Pères et de nos Mères, représente le lien fondamental d’Israël à ses racines les plus anciennes, les plus significatives et les plus intimes.
2. Le tombeau de Joseph à Sichem, ancienne capitale du royaume d’Israël en Samarie, est l’expression par excellence de la dimension nationale d’Israël. La messianité de Joseph, pour reprendre la formule du rav A. I. Hacohen Kook, représente le réveil organique de la nation hébraïque.
3. Le Mont du Temple est le lieu où s’expriment simultanément l’Unique et l’Universel qui font l’essence même de l’identité d’Israël. Ce lieu qui est, comme dit la Bible, « la Maison du Dieu de Jacob » – et de nul autre – est en même temps celui qui sera appelé « Maison de prière pour tous les peuples », au temps où s’établira la messianité du Messie fils de David.
Essayons maintenant d’analyser notre emprise sur ces lieux en relation avec ce qu’ils représentent.
A. Celui sur lequel notre emprise actuelle est la plus forte, quoique encore partielle est le caveau de Machpéla à Hébron. Le peuple, semble-t-il, a une conscience assez forte de ses racines, bien que ce ne soit pas toujours avec une pleine lucidité.
B. Le tombeau de Joseph à Sichem n’est pas en notre possession, bien que nous puissions y avoir accès sous certaines conditions. Cela semble signifier qu’Israël aurait des difficultés à assumer pleinement sa dimension nationale et son rapport à sa Terre.
C. Le Mont du Temple échappe encore à notre souveraineté. La dimension spirituelle de la messianité davidique et ce qu’elle implique dans le concret de l’histoire semblent à portée de main, mais exigent donc un surplus d’effort pour y atteindre.
D’où un point supplémentaire qui donne matière à réflexion : ce n’est pas toujours la possession effective qui détermine la réalité ; ce serait davantage la relation à l’objet de cette possession qui rendrait finalement celle-ci possible. Cette idée me semble juste dans bien des domaines, spirituels, matériels et culturels – et d’autres encore.

 

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