1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
02-9972023, 02-9974924

Choftim – « Tu ne t’écarteras … ni à droite ni à gauche »

Choftim – « Tu ne t’écarteras … ni à droite ni à gauche »

Rav Nahum Botschko

 

La paracha traite de l'organisation de la société hébraïque selon la Thora et des quatre institutions fondamentales qui la structurent, le roi, le juge, le cohen et le prophète, dont les initiales - en hébreu, bien sûr ! - forment le mot Michkan, sanctuaire de la Présence divine.
L'un des passages de la paracha parle du cas où un tribunal régional ne parviendrait pas à trancher un cas difficile. Il faudra alors porter l'affaire devant le Sanhédrin (Deut. xvii, 8-11) :
Si tu es impuissant à prononcer sur un cas judiciaire ... tu iras trouver les Cohanim, les Lévites, et le juge qui siégera à cette époque, tu les consulteras, et ils t'enseigneront sur le jugement à prononcer... tu ne t'écarteras de ce qu'ils t'auront dit ni à droite ni à gauche.
L'instruction « tu ne t'écarteras de ce qu'ils t'auront dit ni à droite ni à gauche » conduit les commentateurs (Rachi, Nahmanide, etc.) à rapporter les propos du Sifré : « même s'ils te disent de la droite que c'est la gauche et de la gauche que c'est la droite. » Cela ressemble fort à un ordre de soumission totale et aveugle aux dires des Sages.
Nahmanide écrit d'ailleurs :
« même si tu penses en ton cœur qu'ils se trompent et que cela te paraît aussi évident que la conscience que tu as de ta droite et de ta gauche, tu dois agir conformément à leur sentence. Ne dis pas : comment mangerais-je cette graisse interdite (‘hèlev) ?, comment exécuterais-je cet innocent ? Dis-toi : c'est cela que le Seigneur qui m'a commandé ses commandements m'a ordonné, de faire ce que m'enseigneront ceux qui se tiennent devant Lui... »
Ce qui ne laisse pas d'être suprêmement étonnant : n'exige-t-on pas de nous un minimum d'esprit critique ? Pouvons-nous nous en remettre aussi complètement de notre responsabilité à nos maîtres ?
Or, ce verset donne lieu aussi à une tout autre lecture, peut-être un peu moins connue mais d'une autorité tout aussi souveraine : le Talmud de Jérusalem dans le traité Horayot au tout début. Et ce qu'il dit est tout bonnement le contraire :
« peut que s'il te disent de la droite que c'est la gauche et sur la gauche que c'est la droite, tu dois quand même les écouter ? Le texte à dit : de droite, ni de gauche ! ce n'est que s'ils te disent de la droite que c'est la droite et de la gauche que c'est la gauche !
Nous voici dans de beaux draps ! comment concilier des positions aussi diamétralement opposées de deux sources talmudiques également légitimes ?
L'auteur du Thora Témima explique qu'il faut s'attacher à la précision du vocabulaire du Sifré : « même s'ils paraissent à tes yeux avoir dit de la droite que c'est la gauche... « à tes yeux », ce qui signifie qu'il y a litige ; diverses positions existent, et « à tes yeux », à cause de ton ignorance ou parce que tu es personnellement impliqué dans l'affaire, la décision penche davantage dans tel sens mais eux ont tranché dans l'autre. Dans un tel cas, tu dois accepter leur décision. Mais dans le cas où certains rabbins diraient le contraire de ce qui est vrai, comme s'ils permettaient les graisses interdites ou interdisaient les choses permises, ils est alors interdit de leur obéir - et c'est là la position du Talmud de Jérusalem.
Citons, à l'appui de cet enseignement, la première michna du traité Horayot :
Le Tribunal a ordonné et l'un de ses membres sait que le Tribunal s'est trompé, ou bien un élève digne d'être habilité à dire la loi, et voici qu'il a agi conformément à leur arrêt - il est coupable (passible d'un sacrifice d'expiation) puisqu'il savait que le Tribunal était dans l'erreur.
Si donc tu sais de science sûre qu'ils se sont trompés, il t'est interdit de t'effacer devant leur autorité.
Ce sujet est extrêmement complexe et la décision peut tenir parfois à l'épaisseur d'un cheveu. Certes, il faut suivre la plupart du temps les instructions des maîtres, en particulier lorsque nous ne sommes pas versés dans le sujet en question ; mais simultanément, nous ne pouvons pas rejeter toute responsabilité ; nous devons aussi garder les yeux ouverts et exercer le jugement droit de la rectitude intellectuelle et morale.

 

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