1 Tora mi-Tsiyon, Koh’av Yaacov
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Vayéra – « Il leur prépara un festin… et ils mangèrent »

Vayéra – « Il leur prépara un festin… et ils mangèrent »

Rav Nahum Botschko

 

Les anges sont arrivés chez Loth pour le sauver de la sanction qui allait s’abattre sur Sodome. Ils sont reçus chez lui et la Thora nous raconte que Loth leur sert un repas pour lequel il leur a fait cuire des matzoth ! C’est bien curieux... Que nous importe, en effet, le menu de ce repas ? Rachi commente en disant que cet événement s’est produit le jour de Pessah, et c’est pourquoi Loth a servi des pains azymes.
En vérité, Rachi avait déjà signalé ce fait lors de la visite des anges chez Abraham, lorsqu’ils lui ont annoncé la naissance d’Isaac : « je reviendrai à toi à pareille époque et voici, un fils sera né à Sara, ton épouse. » Et Rachi commente : « ...On était à Pessah, et Isaac est né au Pessah de l’année suivante. »
Or, tout ceci est très étrange. Quel rapport entre Abraham, Loth et Pessah ? Il n’y a pas encore de peuple d’Israël qui soit descendu en Égypte et moins encore qui en soit sorti pour recevoir le commandement de manger des matzoth ? Par quel anachronisme peut-on ici parler de Pessah, et même si l’événement a eu lieu à la pleine lune du mois de Nissan !? Il faut savoir, pour comprendre cela, que les fêtes du calendrier hébraïque ne constituent pas seulement la commémoration d’événements survenu dans le passé au peuple d’Israël. En inversant la perspective, il faut se dire que si l’événement considéré s’est produit en ce jour en particulier, c’est que s’y manifestait une influence divine qui, dans son principe, est active chaque année en ce jour-là ; le contenu spirituel spécifique de ce jour correspond à la nature de l’événement et, les conditions nécessaires étant remplies, l’événement se produit en son temps propre. Cet influx divin était déjà à l’œuvre au temps d’Abraham (et de fait depuis la création du monde), bien qu’il n’eut pas encore « rencontré » l’événement historique qui devait le réaliser.
L’événement de la Pâque, c’est la libération de toute aliénation. L’élargissement de toutes les étroitesses qui enserrent et enferment les hommes dans leurs déterminismes et leurs conditionnements. En ce « mois du printemps », un souffle de renouveau se manifeste qui rend possible – pourvu qu’ils le veuillent assez – l’affranchissement des esclaves. La sortie d’Égypte, en son temps, en a été la concrétisation éclatante. Pourquoi l’annonce de la naissance d’Isaac – et la naissance elle-même ! – ont-elles eu lieu à Pessah ? Pessah est le jour de la naissance du peuple d’Israël, le premier dans l’histoire qui ait su invoquer le Nom du Dieu Un. Le seul qui ait accepté « le joug de la souveraineté des Cieux ». À Pessah, les enfants issus de la famille des Patriarches sont devenus un peuple.
Les prémisses de la diffusion du Nom de Dieu dans le monde, nous les avons trouvées déjà chez Abraham. Il est le père de la nation hébraïque, celui qui a reconnu son Créateur, d’abord à titre de personne privée, avant de faire de sa découverte l’objet d’une mission à laquelle il consacre sa vie et celle de ses descendants.
C’est en effet parce qu’un fils lui est né que la foi d’Abraham est donnée à un avenir. C’est pourquoi, c’est précisément à Pessah qu’Abraham reçoit l’annonce de cette naissance : Pessah est le jour promis à la naissance d’Israël, le jour où la lumière sort de son exil et illumine le monde, le jour que la naissance d’Isaac préfigure. Il en est de même de Loth. De son propre gré, Loth avait préféré Sodome et son abondance économique. Il lui a donné priorité sur la rigueur de la droiture morale d’Abraham qui était tout à l’opposé de cette civilisation de réussite matérielle et de cruauté immorale. Progressivement, Loth s’y est engoncé, en est devenu prisonnier. Mais, quelques instants avant que le châtiment se manifeste, Loth parvient à s’en échapper, à s’en libérer.
Puissions-nous nous souvenir de la leçon. Puissions-nous nous aussi nous libérer de toutes les Égyptes qui nous oppressent et nous empêchent de vivre la vie de liberté vraie au service de notre Dieu.

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Traduit par Rav E. Simsovic

 

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