Pourim – Son sens caché: soumettre son orgueil au service de D.

Rav Shaoul David Botschko
« Oui ! Je Me lèverai contre eux, dit le Dieu des Armées, et Je détruirai, de Babylone, le nom et la trace, la postérité et la descendance[1]. » Babylone avait été un empire puissant. À sa tête, l’empereur Nabuchodonosor se prenait pour un dieu. Dans son orgueil il avait abaissé Israël et réduit le Temple en cendres. Le prophète Isaïe avait prévu l’ascension et la chute du tyran, chute à l’aune de la grandeur de Babylone.
Le Talmud[2] situe à Pourim la fin définitive de cet empire : « Rabbi Yo‘hanan expliquait ainsi (le verset cité plus haut) :
– le nom, c’est l’écriture,
– la trace, c’est la langue,
– le fils, c’est la royauté,
– la descendance, c’est la reine Vachti. »
De Babylone, il ne restera rien ; sa civilisation caractérisée par l’écriture et la langue sera supplantée par l’écriture et la langue des Perses. Le fils de Nabuchodonosor devra renoncer à la royauté.
Il restait pourtant une trace, c’était Vachti ; petite-fille de Nabuchodonosor, elle devint l’épouse d’Assuérus, roi des Perses. Nabuchodonosor avait ainsi une descendance.
De plus, Assuérus lui-même parachevait l’œuvre de Nabuchodonosor : ce dernier avait détruit le Temple. Mais les prophètes d’Israël avaient annoncé que cette destruction ne serait que provisoire, et qu’au bout de soixante-dix ans, il serait reconstruit. Les Sages qui conseillaient Assuérus s’étaient livrés à maints calculs et étaient arrivés à la conclusion que les soixante-dix ans étaient passés et que, le Temple n’étant toujours pas rétabli, le peuple juif était exilé sans espoir de retour[3].
C’était cela le fameux festin d’Assuérus dont parle la Méguila ; c’était une fête en l’honneur de la victoire définitive sur la civilisation d’Israël. Il marqua sa victoire en humiliant davantage encore les Juifs. Il les invita à participer à la fête et fit servir les mets dans des ustensiles dérobés au Temple de Jérusalem.
« Celui qui siège dans les cieux s’amuse[4]. »
Dieu, à qui rien n’échappe, décida de choisir ce jour-là pour mettre fin à toute l’entreprise de Nabuchodonosor.
En effet, c’est ce jour que, par un heureux concours de circonstance raconté dans le livre d’Esther, Vachti fut destituée et remplacée par une représentante du peuple qu’il avait tant persécuté et méprisé : une juive, Esther.
Finalement, après bien des péripéties, Mardochée lui-même, haut dignitaire juif, grand maître en Israël, devint conseiller du roi. Il œuvra pour le retour du peuple juif à la Thora. Une génération plus tard, le Temple de Jérusalem sera reconstruit.
Rabbi Yoh‘anan dévoile ici le sens véritable de la fête de Pourim : la victoire sur Babylone et Nabuchodonosor.
Cette victoire a aussi une dimension spirituelle. À Pourim, chacun se déguise, laissant tomber ainsi ses fiers habits, renonçant à la noble apparence que procurent certaines tenues vestimentaires. On se laisse également griser par les boissons, pareil à un misérable ivrogne qui ne nourrit sur sa vie ni espoirs ni illusions.
Bref, Pourim est une leçon d’humilité, cette humilité qui caractérise le Juif dans sa relation avec le Très-Haut, aux antipodes de l’attitude orgueilleuse de Nabuchodonosor qui disait en son cœur :
« Je monterai au ciel ; au-dessus des étoiles de Dieu, j’érigerai mon trône[5]. »
Mais la véritable leçon est donnée par Mardochée. Il garda une attitude fière, un caractère indomptable, un courage plein de noblesse. Il ne courba pas l’échine devant Haman. Il manifesta sa fidélité à Dieu et à sa Thora.
Il a su soumettre l’orgueil au service de Dieu.

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[1] Isaïe xiv, 22.
[2] Méguila 10b.
[3] Méguila 11b.
[4] Psaumes II, 4.
[5] Isaïe xiv, 13.