Michpatim – Spirale

Rav Shaoul David Botshko

 

« Il (Moïse) prit ensuite le livre de l’alliance et il le lit aux oreilles du peuple. Ils dirent : “Tout ce qu’Hachem a dit, nous le ferons et nous l’étudierons.” » (Exode xxiv, 7)
Nos sages ont souligné le grand mérite des Enfants d’Israël qui ont dit d’abord « nous ferons », c’est-à-dire nous obéirons et ensuite seulement « nous écouterons » que nous avons traduit ici par « nous étudierons ». Les Enfants d’Israël ont accepté la Thora sans réserve sans vraiment la connaître, faisant confiance à son Auteur, Hachem.
Mais d’autre part nos sages nous ont enseigné que la plus grande valeur du judaïsme est l’étude de la Thora, à tel point qu’ils ont dit que la mitzva de l’étude vaut à elle seule toutes les mitzvoth ; Maïmonide résume cette idée en une phrase :
« Il n’y a aucune mitzva parmi tous les commandements qui égale celle de l’étude de la Thora, mais l’étude de la Thora vaut tous les commandements car l’étude de la Thora amène à la pratique des mitzvoth et c’est pourquoi, l’étude précède toujours l’action. » (Règles de l’étude de la Thora, iv, 3)
Le lecteur, devant ces textes contradictoires, est en droit de s’interroger : mais qu’est-ce donc qui précède ? Qu’est-ce qui a la préséance ? L’action ou l’étude ?
Si quelqu’un venait à poser la question de l’importance relative du corps et du souffle de vie, il s’entendrait répondre aussitôt que la question n’a pas de sens : un corps sans souffle de vie n’est autre qu’un cadavre et il n’existe de souffle de vie que dans un corps. Ainsi en est-il de l’étude et de l’action. L’étude est le souffle de vie de l’action. On pourrait même dire qu’elle est l’âme de la mitzva. Lorsque les Enfants d’Israël ont fait précéder l’action à l’étude, ce n’est pas du tout qu’ils auraient déconsidéré l’étude ; au contraire, ils avaient compris que l’action n’était que l’antichambre de l’étude. Elle la précède pour l’annoncer, car respecter les commandements sans en comprendre le sens, sans en pénétrer les arcanes par l’étude, ce serait agir mécaniquement, à la manière d’un robot. Aussi l’action doit mener à l’étude et à l’approfondissement. Mais, d’autre part, étudier sans mettre en pratique, c’est vider l’étude de son sens qui est sa traduction dans le monde de la réalité. Que signifierait étudier les lois du respect des parents sans les mettre pas en pratique ? Étudier les lois commandant de se mettre en danger pour sauver son prochain et ne pas se préparer à défendre son peuple ? Étudier les lois d’Eretz Israël sans monter en Israël, étudier les lois du chabbat sans observer le chabbat ?
Aussi les deux phrases – les deux conduites – sont vraies : l’action mène à l’étude qui mène à l’action, l’une menant à l’autre comme dans une spirale ascendante.
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