Michpatim – « J’emplirai le nombre de tes jours »

Rav Nahum Botshko
Un flot impressionnant de bénédictions dont sera comblé le peuple d’Israël – si seulement il écoute la voix d’Hachem – apparaît à la fin de cette paracha. L’une d’entre elles s’énonce ainsi :
« Nulle femme n’avortera et nulle ne sera stérile en ton pays ; le nombre de tes jours, Je le remplirai. » (Chémoth XXIII, 26)
À la fin du livre du Deutéronome (XXXI, 20), Moïse s’adresse aux Enfants d’Israël et leur dit : « Je suis âgé de cent-vingt ans aujourd’hui ; je ne pourrai plus aller et venir… » Commentant cette déclaration, les Sages s’interrogent (Qiddouchîn 38a) :
« ce mot de “aujourd’hui” qui semble superflu, que signifie-t-il ? Il veut dire qu’en ce jour même les jours et les années de Moïse ont atteint leur plénitude – cent-vingt ans exactement, jour pour jour. Ce qui signifie que le Saint béni soit-il juge et “emplit” les années des justes, jour pour jour et mois pour mois, ainsi qu’il est dit : “ le nombre de tes jours, Je le remplirai” »
Que veut nous enseigner le Talmud en disant que le Saint béni soit-il emplit les jours des Justes ?
Le ‘Eyn Ya‘aqov explique :
« on peut dire que “emplir leurs jours” signifie en bonheur et plénitude, à savoir qu’ils peuvent œuvrer en Thora et mitzvoth jusqu’à la dernière heure de leur dernier jour ; c’est pour cela que Moïse peut dire : “en ce jour se sont emplis mes jours et mes ans (fin de la vie de Moïse), je ne pourrai plus aller et venir dans les enseignements de la Thora.” Ce qui implique que jusque-là il en était capable. »
Moïse – et tous les justes – bénéficient de la part du Saint béni soit-il, jusqu’au dernier jour de leur vie, du grand bonheur de pouvoir œuvrer en la Thora ; c’est en cela que leurs jours sont des jours réellement « pleins ».
La Thora (Genèse XXIV, 1) dit à propos d’Abraham : « or Abraham était vieux, venant dans les jours, et Hachem avait béni Abraham en tout. » » Rabbi Efraïm de Lonschitz, auteur du grand commentaire Kéli Yaqar sur la Thora écrit en substance : l’expression « venant dans les jours » est inapproprié pour un vieillard. C’est « sortant hors des jours » qu’il eut fallu dire ! Mais, explique-t-il, c’est précisément en cela que réside la différence entre les justes et le méchants.
« C’est que la règle pour les méchants est que les jours de leur enfance sont pour eux des jours clairs et lumineux, parce qu’alors ils s’adonnent aux joies corporelles qui sont pour eux l’objectif essentiel. Les jours de vieillesse, au contraire, sont des jours où le monde pour eux s’assombrit… Mais pour les justes, les choses sont inversées. Ils viennent de la nuit et vont vers le jour, car les jours de vieillesse leurs sont bons par et pour l’acquisition de la sagesse… C’est pourquoi on dit à propos des justes qu’ils viennent aux jours au temps de leur vieillesse. »
Il ressort de toutes les sources citées ci-dessus que la vie d’un juste craignant Dieu, qui œuvre toute sa vie et de toutes ses forces en faveur d’Israël et de la Thora, est tout entière et à chaque instant pleine de sens. C’est comme si de son vivant déjà il recevait une rétribution de ses efforts lui permettant de continuer jusqu’au dernier instant à poursuivre ses aspirations spirituelles et ses bonnes actions.
De fait, nous sommes nous-mêmes responsables de l’accomplissement de la promesse. Chacun d’entre nous, par ses aspirations et ses actes, peut permettre au Saint béni soit-il de réaliser pour lui la bénédiction promise : « le nombre de tes jours, Je le remplirai. »
C’est aussi de cette manière que le Nétivoth Chalom explique le thème des « livres » où nous sommes inscrits lors des solennités de Tichri, les livres des justes, du commun des hommes et des méchants. C’est nous qui décidons, dit-il, dans lequel de ces livres nous souhaitons être inscrits et scellés. Grâce à un repentir sincère et véridique, nous nous enregistrons dans le livre des justes :
« Trois livres s’ouvrent à Roch Hachana. Les justes parfaits sont immédiatement inscrits et scellés pour une vie bonne, etc. Il ne s’agit pas du passé, pour qui a été juste, mais de l’avenir. On ouvre devant chaque homme des livres entièrement vierges et on lui dit de s’inscrire là où il le désire. S’il s’inscrit pour faire désormais partie des justes parfaits, il est immédiatement inscrit et scellé pour une vie bonne… » (Textes sur Souccoth, 7ème exposé, § 1)

Chabbat Chalom

Traduit par Rav E. Simsovic