Be’houkotai – Le mystère de la délivrance

Rav Shaoul David Botschko

 

Le Lévitique se termine par la Paracha de Be’houkotaï, péricope effrayante dans laquelle Dieu annonce aux enfants d’Israël tous les malheurs et toutes les malédictions qui s’abattraient sur leur pays s’ils ne respectaient pas les lois divines. Finalement s’ils persistaient dans leurs égarements, ils en seraient chassés à leur tour, l’exil étant présenté comme le plus grave des châtiments.
« Je mettrai vos villes en ruines, votre Temple en désolation et Je ne supporterai plus l’odeur de vos sacrifices. Je transformerai le pays en terre de désolation; et sa désolation s’accentuera sous l’occupation de vos ennemis. Et vous Je vous éparpillerai parmi les peuples, l’épée vous poursuivra partout; votre pays restera une désolation et vos villes des amas de ruines »[1].
Pourtant Rachi a su déceler, dans ces prophéties terrifiantes une consolation. En effet il remarque que : « la désolation s’accentuera sous l’occupation des ennemis » et il commente :
« Ceci est une bonne nouvelle pour Israël : les ennemis qui occuperont la terre
seront refusés par elle; ils ne pourront pas s’y enraciner. La terre restera inculte et
vidée de ses habitants jusqu’au retour des enfants d’Israël »[2].
Cette prophétie également s’est réalisée. Durant les 2000 ans d’exil, Israël a été occupé par des peuples différents. Aucun d’entre eux n’a réussi à faire revivre le pays; durant cette longue histoire la terre restait désespérément désertique dans l’attente du retour de ses enfants.
Moïse ne termine pas sa prophétie avant d’annoncer que finalement viendra le jour du retour. Le peuple juif acceptera à nouveau de se soumettre à D-ieu; D ieu à Son tour expiera leur péché et Se souviendra de l’Alliance, qu’il n’avait pas renié même lorsque le peule juif était en exil:
« Je Me souviendrai de Mon Alliance avec Jacob, et également de mon Alliance avec Isaac, et également de Mon Alliance avec Abraham Je Me souviendrai et de Ma terre Je Me souviendrai[3]. Et malgré tous les châtiments que J’annonce et même lorsqu’ils se trouveront dans le pays de leurs ennemis, Je ne les aurai ni dédaignés, ni pris en aversion au point de les anéantir et de renier l’Alliance qui Me lie à eux, car Je suis Hachem leur D-ieu. Et Je me souviendrai de l’Alliance avec les générations premières que J’ai fait sortir d’Egypte aux yeux des nations pour être leur D-ieu; Je suis Hachem »[4].
Ces versets témoignent de la double exigence qui prend sa source dans la sainteté de la terre d’Israël. D’une part cette sainteté exige du peuple d’Israël qu’il se conduise conformément à la volonté de D-ieu. Mais cette terre exige absolument le peuple d’Israël. Cette exigence n’est donc pas facultative : c’est à dire si le peuple juif voulait se conduire conformément à la Thora, il résiderait sur sa terre et sinon il en serait chassé et vivrait en exil.
Non ! L’exil n’est que provisoire et n’abolit pas l’Alliance. Il n’y a donc pas d’alternative pour Israël : la terre exige son peuple et celui ci devra se conduire avec sainteté.
Les temps messianiques sont ceux de la Révélation de cette attraction de la terre pour son peuple. Rien ne peut alors empêcher ni le retour à Sion ni le Retour à la Thora qui en est l’accomplissement.
Le prophète Jérémie dans la Haftara de Behar s’était déjà penché sur ce paradoxe. Il vivait à la veille de la destruction du Temple et de la déportation des juifs de Judée qu’il avait lui même annoncé et voici que D-ieu lui ordonne d’acheter un champ devant de nombreux témoins. Jérémie s’interroge alors :
« Voici, D ieu Tu as sorti Israël du pays d’Egypte… Tu leur as donné ce pays là que Tu avais promis à leurs pères de leur donner, un pays où ruissellent le lait et le miel. Ils sont venus, ils ont pris possession du pays, mais ils n’ont pas écouté ta voix et n’ont pas respecté Ta Thora,… et voici que tous ces malheurs leur arrivent. Voici que des armes puissantes avancent pour prendre la ville d’assaut et voici qu’elle va tomber dans la main des chaldéens qui l’assiègent, en proie qu’elle est au glaive, à la famine et à la peste; ce que Tu as annoncé est arrivé comme Tu le vois. Pourquoi donc m’ordonnes tu D ieu d’acheter un champ avec de l’argent devant des témoins, alors que la ville tombe dans la main des chaldéens ? »[5]
L’interrogation de Jérémie est celle de tous les hommes à toutes les époques de l’histoire qui se demandent comment la délivrance pourra t elle un jour arriver, puisque le maintien d’Israël sur sa terre dépend de sa conduite ?
C’est cela le mystère de la délivrance. D-ieu seul peut rendre possible ce qui même spirituellement semble impossible :
Dieu répondit à Jérémie en ces termes: « Je suis Hachem, D-ieu de toute chair, y a t il quelque chose qui me soit impossible ? »[6]

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[1] Lévitique 26, 31 à 33
[2] Rachi sur Lévitique 26, 32
[3] Lévitique 26, 42
[4] Lévitique 26, 44
[5] Jérémie 32
[6] Jérémie 32, 27

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